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La folie du Joker, le dédoublement de personnalité de Natalie Portman dans Black Swan...
Étudier la représentation des troubles psychiques dans la pop culture, c'est ce que fait le psychiatre Jean-Victor Blanc.
Et pour lui, voilà 5 exemples de clichés sur les troubles psychiques dans les films.
Transcription
00:00Qu'est-ce qui est si drôle ?
00:02Freak !
01:00C'est une phrase qui est extrêmement forte je trouve
01:02et qui pour le coup est assez universelle
01:04de la souffrance que peuvent ressentir
01:06les patients atteints de troubles psychiques.
01:13On appelle le trouble de la personnalité multiple.
01:15C'est une pathologie qui est
01:17rarissime. Moi j'en ai
01:19jamais vu, la plupart de mes collègues
01:21n'en ont jamais vu également.
01:23Pourtant elle est extrêmement représentée
01:25dans la pop culture.
01:27Il y a beaucoup de films, beaucoup de séries
01:29qui mettent en scène
01:31ce type de personnages. Il y a
01:33United State of Star High,
01:35le film Split qui est
01:37l'exemple peut-être le plus populaire
01:39autour du trouble de la personnalité multiple.
01:41Je pense que c'est très cinématographique
01:43ce qui explique qu'il y a un engouement
01:45pour cette pathologie
01:47mais honnêtement c'est une pathologie qui est rarissime
01:49voire certains psychiatres
01:51doutent même qu'elle existe.
01:53La schizophrénie, ce n'est pas avoir
01:55deux personnalités, ce n'est pas d'être d'un côté
01:57le signe blanc, de l'autre le signe noir.
01:59Pourtant ça a été abondamment
02:01retrouvé dans les médias
02:03mais c'est pas du tout ça qui
02:05symbolise bien la schizophrénie dans ce film.
02:07Je pense que ça il faut le voir comme quelque chose
02:09de symbolique mais qui n'est pas une réalité médicale.
02:11C'est pas non plus le fait d'être violent,
02:13c'est pas le fait de
02:15devenir fou, dangereux
02:17si on arrête ses médicaments.
02:19Or c'est trois d'entre eux,
02:21les plus fréquemment retrouvés
02:23dans la pop culture,
02:25notamment dans les séries.
02:27Par contre, Black Swan ça peut être un bon
02:29exemple de la schizophrénie, par exemple
02:31si on voit les hallucinations
02:33qu'a cette jeune danseuse
02:35où elle a un peu du mal à distinguer
02:37si elle a vraiment été appelée
02:39ou elle a été suivie
02:41dans le métro, les hallucinations
02:43corporelles également où elle a l'impression
02:45que son corps change.
02:47Ce qui est surtout bien montré je trouve
02:49c'est que
02:51ces symptômes dits positifs
02:53que ce soit les hallucinations
02:55ou les pensées délirantes
02:57sont extrêmement
02:59génératrices d'angoisse
03:01et on voit à quel point ça la plonge
03:03dans une détresse où elle met
03:05en doute tout ce qu'elle peut
03:07ressentir, tout ce qu'elle peut entendre
03:09ses souvenirs également.
03:15La dépression ça finit pas comme dans
03:17le film Mélancolia de manière extrêmement
03:19négative, c'est un des clichés les plus
03:21fréquemment vus, c'est-à-dire qu'on ne peut rien
03:23faire contre la dépression. La dépression c'est
03:25une maladie et donc c'est une maladie qui se
03:27traite. Ce qui est intéressant par exemple
03:29dans le film Mélancolia c'est quand on voit
03:31le personnage principal à l'occasion
03:33de son mariage qui est censé être
03:35un moment heureux, le pont s'y
03:37veut que ce soit le plus beau jour de la vie
03:39de quelqu'un, or elle n'arrive pas
03:41du tout à participer aux préparatifs
03:43aux festivités, elle est
03:45complètement en retrait. Un bon exemple aussi
03:47c'est l'attitude de l'entourage qui ne
03:49comprend pas du tout ce retrait
03:51et qui a tendance à la culpabiliser, voire
03:53à lui tenir des propos
03:55extrêmement
03:57négatifs. Dans la deuxième
03:59partie du film, on la voit
04:01complètement retirée du monde,
04:03complètement amorphe avec un visage figé
04:05des idées extrêmement ralenties
04:07ça pour le coup ça peut être
04:09une bonne représentation
04:11de ce que peut être la dépression et notamment
04:13de la dépression sévère.
04:19Requiem for a Dream c'est à la fois
04:21un bon et un très mauvais exemple.
04:23D'un côté,
04:25on peut voir, je trouve de manière
04:27assez réaliste
04:29la détresse que peut engendrer
04:31l'addiction, les mécanismes
04:33qui peuvent mener à l'addiction,
04:35le côté aussi
04:37multifactoriel
04:39et puis surtout ce que je trouve
04:41peut être le plus juste,
04:43c'est la détresse dans laquelle sont les personnages
04:45avant même qu'ils commencent leur addiction
04:47et finalement elle prend
04:49toute la place. Ce qui est aussi bien montré
04:51dans le film, c'est que les addictions
04:53peu importe le produit auquel on a
04:55une addiction, finalement c'est les mêmes
04:57mécanismes qui sont en jeu. Le côté
04:59on va dire moins positif
05:01voire négatif,
05:03c'est clairement l'idée
05:05à la sortie du film que
05:07l'addiction est
05:09un fléau
05:11contre lequel on ne peut rien faire. Or,
05:13les addictions, on peut
05:15s'aider, on peut sortir
05:17d'une addiction, on peut être guéri
05:19d'une addiction.
05:21Si on n'a aucune connaissance, effectivement
05:23le risque c'est de rentrer dans
05:25ce type de film de manière
05:27un peu trop au premier degré et en sortant
05:29se dire le jour où
05:31j'ai un problème d'addiction ou mon
05:33ami a un problème d'addiction ou quelqu'un dans ma famille
05:35il n'y a plus rien à faire et
05:37je prends mes jambes à mon cou, ce qui malheureusement
05:39est encore une réalité pour un certain nombre de patients.

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