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Sonia Dahmani, avocate et chroniqueuse, est prisonnière d’opinion en Tunisie. Aujourd’hui, c’est un symbole de la répression en Tunisie face à la liberté d’expression. Sa fille, Nour Bettaieb, prend la parole afin d’expliquer les raisons de cette injustice. Léa Booz Parny, chargée de mission pour Amnesty International, revient sur l’utilisation du décret 54 pour condamner Sonia Dahmani.

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Transcription
00:00Ma mère est en prison et c'est quelque chose que je n'aurais jamais pensé dire un jour.
00:03Amnésia Internationale demande aux autorités tunisiennes
00:07de libérer sans condition et immédiatement Sonia Darmani.
00:11Bonjour, je m'appelle Non Betayev et je suis la fille de Sonia Darmani,
00:15prisonnière d'opinion en Tunisie depuis le 11 mai 2024.
00:18Ma mère est avocate et chroniqueuse à la télé et à la radio
00:20et elle a été arrêtée le 11 mai 2024
00:23parce qu'elle a fait un commentaire ironique sur la situation migratoire en Tunisie.
00:27Elle a répondu à un journaliste qui a parlé de théorie du grand changement
00:32en disant que les migrants subsahariens veulent s'installer en Tunisie
00:35pour changer la démographie du pays.
00:36Et ma mère a répondu, mais de quel pays extraordinaire est-ce qu'on parle ?
00:40Est-ce qu'on parle du pays où la jeunesse fuit illégalement et meurt en mer ?
00:45Et en fait, ce commentaire a été complètement déformé et sorti de son contexte
00:49en disant que ma mère a dénigré son pays.
00:53Et pour ça, elle a été condamnée à un an de prison.
00:56Cette sentence d'un an de prison est passée à 8 mois en appel.
00:59Depuis février 2023, on observe que les autorités font de plus en plus de répression
01:04face à celles et ceux qui exercent leur droit à la liberté d'expression
01:08de réunions pacifiques en Tunisie et d'associations.
01:11On recense au moins 22 personnes actuellement
01:14qui sont des avocats, des avocates, des journalistes,
01:17des militants, militantes politiques, mais aussi des blogueurs, des blogueuses
01:20qui, pour avoir fait des commentaires exprimés publiquement
01:24et considérés comme critiques à l'égard des autorités,
01:26sont aujourd'hui dans des situations comme Solana Damani,
01:30donc en prison, condamnée, poursuivie en justice.
01:33Ensuite, elle a été condamnée à deux années supplémentaires
01:36dans une autre affaire où elle a exposé des pratiques racistes
01:40qui existent dans certaines régions en Tunisie,
01:43comme la présence de bus et de cimetières séparés
01:46pour les Blancs tunisiens et les Noirs tunisiens.
01:48Il lui reste encore trois affaires,
01:51toutes sur des choses qu'elle a dites à la télé.
01:54La quatrième affaire, c'est quand elle a dénoncé
01:57les mauvaises conditions hygiéniques dans certaines prisons.
01:59Et pour ça, la direction des prisons a porté plainte
02:03contre ma mère pour diffamation.
02:04Et la cinquième affaire contre elle, c'est quand on lui a demandé
02:08que pensez-vous des accomplissements de la ministre de la justice,
02:11auquel ma mère a répondu, je ne pense pas que mettre les gens en prison
02:14est un accomplissement.
02:15Et pour ça, la ministre de la justice a porté plainte
02:18contre ma mère pour diffamation.
02:20Et en fait, cette affaire va passer devant la cour criminelle.
02:24Donc ma mère en court en tout pour les cinq affaires,
02:27plus de 35 ans de prison.
02:28L'imaginer avoir froid tous les soirs,
02:30tomber malade à cause de l'humidité, ne pas manger chaud,
02:34c'est dur de voir sa mère souffrir comme ça.
02:37Et en plus, je ne sais pas, si elle avait fait un truc,
02:39je me dirais peut-être, mais là, elle n'a vraiment rien fait.
02:42Elle a juste dénoncé des injustices en espérant
02:47faire évoluer la société.
02:48Sachant que ma mère aussi, cet été, a subi beaucoup de fouilles
02:52corporelles très humiliantes.
02:54Et ma mère a canifié cette fouille de viols.
02:59Ma famille a porté plainte pour viol.
03:02Et ensuite, ma mère n'a pas été autorisée à assister à son procès.
03:04Le décret 54, c'est le décret sur lequel sont fondées
03:08les accusations et les condamnations de Sonia Damani.
03:11C'est un décret qui punit quiconque
03:15utilise les systèmes de télécommunication
03:17pour propager, diffuser, produire des informations fausses,
03:23des rumeurs, des fausses données.
03:25On pensait vraiment qu'elle allait être libérée,
03:27sachant que le juge a bien lu toutes les preuves fournies par les avocats
03:31et écouté tous les témoins qui sont venus témoigner
03:34que tout ce que ma mère a dit est véridique et existe bien.
03:37Il y a aujourd'hui des familles qui sont dans le même cas que ma famille.
03:42Je reçois constamment des messages de gens qui me disent
03:46mon père est en prison, ma mère est en prison,
03:48mon frère est en prison, ma sœur est en prison, mon ami est en prison.
03:51Donc en fait, ce décret est utilisé pour des fins
03:58qui portent une atteinte à la révolution qu'on a faite en 2011.
04:04Aujourd'hui, Sonia Damani, en plus d'être un symbole de l'injustice,
04:08c'est un symbole de la répression croissante
04:10et qui durcit en Tunisie face à la liberté d'expression.
04:15Et on doit vraiment mettre fin à cet acharnement judiciaire dont elle est l'objet.
04:20Depuis que ma mère a été arrêtée,
04:22je me suis déjà demandé à plusieurs reprises
04:25qu'est-ce qui est plus grave en fait ?
04:27Est-ce que c'est le fait que ma mère soit en prison
04:31ou est-ce que c'est que beaucoup de gens, la majorité, regardent sans rien faire ?
04:38Après tout, si tu parles, tu vas en prison en Tunisie,
04:41donc je ne peux pas leur en vouloir.
04:42Mais je me dis que s'il y avait plus de soutien
04:46ou si les gens parlaient plus,
04:49rien que si les autres familles,
04:52juste les autres familles des prisonniers,
04:54mais après, eux aussi, je les comprends.
04:55Ils ont un membre de leur famille en prison,
04:58donc tout le monde a peur.

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