Olivier Bunel, ancien élève de l'institut de Bétharram et victime présumée de viols et de violences, témoigne sur BFMTV.
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00:00Vous évoquez, parmi ces surveillants, un surveillant qui s'en est particulièrement pris à vous, surnommé Cheval, c'est ça ?
00:07Oui, oui, tout à fait.
00:09Qu'est-ce qu'il faisait ?
00:11Mon Dieu, et je crois pas en Dieu. C'était un tyran, c'était un pervers, c'était un sadique qui se complaisait de voir faire du mal aux enfants,
00:27donc il donnait des missions aux plus grands élèves, je vous dirais de secondes, premières, il déléguait, en fait, c'était le préfet de discipline,
00:41c'était le shérif là-bas, tout lui était systématiquement rapporté, quoi que nous fassions, tombait quelque chose par terre,
00:51que ce soit une cuillère, une fourchette, tout, mais la moindre chose était bonne pour être puni.
01:01Il vous a violenté, il vous a violé ?
01:05Oui, j'ai du mal à mettre, encore aujourd'hui, j'ai du mal à mettre ce mot. En fait, c'est Alain qui m'en a fait prendre conscience quand je lui ai raconté mon histoire.
01:15On parle d'Alain Esquerre, également victime, à la tête de cette association de victimes.
01:23C'est un collectif, on n'est pas encore monté en association, on attend un petit peu de savoir ce qu'on veut faire.
01:29C'est lui, effectivement, quand je lui ai raconté mon histoire, qui m'a regardé comme moi, les yeux bien humides, en me disant « mais Olivier, t'as été violé ».
01:37Il me dit « Olivier, t'as été violé, mais j'en ai pas conscience ».
01:45Il me dit « à partir du moment où tu subis une pénétration, quelle qu'elle soit, c'est un acte de viol quand elle n'est pas consentie ».
01:51Effectivement, en fait, pour me soigner des blessures qu'il m'avait fait juste avant, lorsqu'il m'avait puni, que ce soit sur le perron, que ce soit peu importe, n'importe où,
02:02pour nous soigner, je me rappelle, mon lit était juste à côté de l'infirmerie que j'avais à ma droite, et il faisait ses méfaits, donc on était blessés, tu m'échiais.
02:14Il m'amenait à l'infirmerie, il me mettait sous ses genoux et il me disait « tu as vu ce que tu m'as obligé de faire, par contre, il est interdit d'en parler à qui que ce soit, c'est notre secret ».
02:28Et en me soignant, par exemple, je me rappelle, j'étais sur le perron une fois pendant plus de deux heures, en slip, en hiver, que ce soit été automne-hiver, peu importe,
02:39mais celui dont je me souviens particulièrement, c'était en hiver, où j'étais en slip à genoux sur une règle carrée métallique, et je bougeais ne serait-ce qu'un peu.
02:50On était, vous savez, la position des gens qu'on va abattre, les mains derrière la tête, contre le mur, et ne pas bouger pendant une demi-heure, et si on bouge, on en prenait le double,
03:01et si on bougeait encore, il s'acharnait sur nous physiquement, et pour me soigner, effectivement, il me soignait, oui, mais à côté de ça, il abusait de moi, il m'embrassait de force,
03:14il m'embrassait sur le sexe, je le disais à ma grand-mère, elle ne me croyait pas, elle me traitait de menteur, elle était très pieuse, très religieuse, et en fait, j'ai dû vivre avec ça pendant deux ans.
03:26– Parce que vous rentriez tous les week-ends chez votre grand-mère, et quand vous l'avez raconté à votre grand-mère, elle ne vous a pas cru ?
03:33– Tout à fait, non, pour elle, c'était pas convoyable, j'étais un menteur, j'avais 11 ans, j'étais un menteur.
03:40– Donc personne à qui en parler ?
03:43– Personne, et vous savez, quand on a personne à qui en parler, et qu'on vous répète sans cesse, quand vous avez 11 ans que vous êtes un menteur, vous finissez par le croire que vous êtes un menteur,
03:53et je me rappelle toujours, quand je vivais ces moments-là, je me rappelle que je me disais, c'est ma phrase d'enfant, je me disais tout le temps, mais ça ira mieux demain,
04:07et en fait, ça n'allait jamais mieux demain.