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Cyril Ganne, ancien élève de l'institut de Bétharram, témoigne sur BFMTV des violences qu'il a subies, alors que  trois hommes ont été placés en garde à vue dans le cadre de l'affaire.

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Transcription
00:00Et avec nous ce matin Cyril Gan, ancien élève et victime de Betaram, vous vivez aujourd'hui en Suisse.
00:11En plateau avec nous Maxime Brandstetter du service de justice de BFMTV.
00:15Alors on parle enfin des victimes, c'est le mot enfin, 134 plaintes ont été recensées des victimes et leurs agresseurs présumés.
00:23Et on joue tout de suite Laura Cambeau, envoyée spéciale de BFMTV à Pau.
00:27Laura, que sait-on des trois hommes qui sont en garde à vue ?
00:33Eh bien déjà on connaît leur âge, on sait qu'ils sont âgés de 59, de 69 et de 93 ans.
00:40On sait qu'ils ont été placés en garde à vue pour des faits susceptibles d'être commis entre 1957 et 2004.
00:48On sait également que ces trois personnes travaillaient au sein de l'établissement scolaire Notre-Dame de Betaram.
00:54On sait peu sur leur profil mais on sait que ces personnes visées étaient à la fois des laïcs comme par exemple des surveillants mais aussi des religieux.
01:01On vous le rappelle, les victimes dénoncent des faits de violence, des brimades quotidiennes, des douches froides, des insultes, des humiliations.
01:08Mais également des violences sexuelles comme des viols ou des agressions.
01:12Tout ça qui explique que ces trois hommes ont été placés en garde à vue des chefs de viols aggravés, d'agressions sexuelles aggravées et de violences aggravées.
01:19Voilà ce n'est pas rien, ce sont évidemment des soupçons.
01:22Cyril Gannes, merci d'être avec nous. Je rappelle que vous êtes donc un ancien élève et victime de l'institution Betaram et vous vivez actuellement en Suisse.
01:31Comment réagissez-vous, Cyril, à ces premières gardes à vue ?
01:36Un immense soulagement parce qu'enfin il se passe quelque chose par rapport à ces gens et ils vont peut-être enfin découvrir ce que nous, nous avons vécu, c'est vivre dans la peur.
01:46Qu'est-ce que vous avez vécu, vous, à titre individuel ?
01:49Alors des coups, des primades. J'ai eu une de ces personnes qui a criminé, qui a eu des gestes, qui a eu une tentative de gestes déplacés à mon égard.
02:00Et puis du rabaissement dans le sens qu'en fait des insultes, des choses diverses étaient monnaie courante à Betaram et on n'était pas reconnus.
02:12Il y avait une sorte de dénigrement de la personne, de l'enfant.
02:15Des dénigrements, Cyril, qui pouvaient aller jusqu'au sévis ?
02:20Alors oui, le sévis en fait c'était monnaie courante, d'accord ? C'était le mode de fonctionnement de l'établissement.
02:29Vous voulez bien nous donner deux ou trois exemples ?
02:31Ah ben je vais vous donner un exemple, c'est le premier jour où je suis rentré en classe.
02:35Je suis rentré en classe et en fait un camarade m'a poussé sur le côté et m'a dit moi je me mets contre le mur cette année on a furiat.
02:44Je savais pas trop qui c'était et en fait furiat c'était monsieur furiat, prof de mathématiques.
02:49Ce monsieur il avait un mognon et quand il rendait les copies, il coinçait les copies avec son mognon.
02:56Et avec l'autre main, il nous prenait une mèche de cheveux, il nous descendait la tête jusqu'à ce que le front touche la table.
03:05Et au moment où on remontait, il nous mettait un immense secous comme ça, avec la main comme ça et ça faisait une bosse.
03:13Et on appelait ça des cocos, d'où la bosse.
03:16Alors combien d'enseignants, on a vraiment l'impression d'un système quand on vous entend.
03:20Combien d'enseignants, de surveillants dans quatre ans étaient à l'origine de ces violences, vous avez une idée ?
03:26Il est plus facile de voir le nombre quels étaient ceux qui ne faisaient pas ça que de compter tous ceux qui le faisaient.
03:33C'était fréquent, c'était courant, c'était la norme.
03:36Mais c'était, vous parlez d'un effectif de combien d'enseignants et de surveillants à l'époque ?
03:41Je ne les ai jamais comptés, mais les surveillants de dortoirs qui étaient des élèves surveillants nous frappaient.
03:48Le préfet de discipline, lui c'était systématique.
03:53On avait un prof de musique qui avait la main assez lourde.
04:03On est en quelle année Cyril, à peu près ?
04:06Alors moi je suis rentré à Bétharame en 87, à l'âge de 14 ans pour ma seconde cinquième.
04:11Et j'y suis resté jusqu'à la fin de ma seconde en 91.
04:19Est-ce que vous en parliez à l'époque à l'extérieur ?
04:22Et comment réagissaient les entourages et peut-être même les encadrants de Bétharame ?
04:30Alors les encadrants, on va dire que ce n'était même pas la peine d'en parler parce qu'ils savaient très bien ce qui s'y passait.
04:34Ils le voyaient, ils étaient témoins.
04:37Donc leur en parler, ça n'aurait pas apporté grand-chose.
04:43Quant au cadre familial, dans mon cas c'est un peu un sujet problématique
04:48parce qu'en résumé quand j'ai cherché à dénoncer ce qui se passait,
04:52on me répondait que je devais avoir honte de raconter des choses pareilles.
04:58J'étais sanctionné à la maison et en plus de ça, quand je rentrais à Bétharame,
05:03le lundi, j'étais convoqué par le surveillant général qui fait partie des trois gagnants,
05:08du tiers C comme je les appelle,
05:10qui en résumé me sanctionnaient suite à ce que j'avais dit à la maison.
05:16Donc c'était l'OMERTA et si on parlait, on était encore plus sanctionnés.
05:22C'est ce que je comprends.
05:24Ce système, Cyril, que vous décrivez, c'était en classe, c'était à l'internat,
05:30c'était chez les surveillants, c'était chez tous les encadrants de Bétharame ?
05:36C'était partout.
05:38C'était absolument partout.
05:40En classe, dans les cours de récréation, par les encadrants, par les surveillants,
05:47en dortoir, on vivait dans un système de peur permanent.
05:51Et si je vous donne une idée de l'ampleur de la peur dans laquelle on vivait,
05:56il y a un an, je discutais avec mon meilleur ami quand on s'est rencontrés là-bas.
06:00Ça fait près de 40 ans qu'on est amis, qu'on est potes.
06:03Et en fait, on avait peur le vendredi soir quand on rentrait à la maison.
06:08On avait peur le dimanche soir quand on repartait à Bétharame.
06:11Ok. Est-ce qu'il y avait des enfants qui étaient épargnés ?
06:15Ou à l'époque, tout le monde passait sous les coups ?
06:18Alors les coups, ça je veux dire, c'était uniforme.
06:22Personne ne pouvait échapper au système.
06:24Ensuite, il y avait, on va dire, ceux qui étaient moins turbulents,
06:29si on peut appeler ça comme ça, qui évidemment risquaient moins,
06:33mais vous n'étiez pas à l'abri.
06:35Vous pouviez partir par exemple sur un système,
06:37admettons qu'il y avait par exemple un peu de chahut en études
06:40et que les responsables du chahut en question ne se dénonçaient pas.
06:45À ce moment-là, au minimum 10, si ce n'était pas plus,
06:49étaient désignés au hasard pour être frappés.
06:53Wow. Cyril, quand vous avez entendu François Bayrou dire, répéter,
06:58qu'il n'avait jamais entendu parler de quoi que ce soit à Bétharame,
07:02vous avez réagi comment ?
07:04J'ai fait un bond de 20 centimètres.
07:07Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible.
07:10Il y a un moment où il faut avoir envie d'écouter,
07:13il faut avoir envie d'entendre.
07:14Je pense en toute honnêteté que le rôle de ce monsieur
07:17dans la position où il se trouvait à l'époque
07:19était justement d'aller regarder,
07:21d'aller fouiller un petit peu plus ce qu'il s'y passait.
07:23Il avait ses enfants qui étaient scolarisés.
07:25Pourquoi n'a-t-il pas creusé la question avec ses enfants ?
07:28Ce n'est pas possible que ses enfants n'aient absolument rien vu.
07:31Ils n'ont peut-être rien appris, mais c'est impossible
07:33qu'ils ne connaissent pas le risque qu'il y avait
07:36de prendre des coups à tout moment.
07:38Parce qu'à l'époque, tout le monde le savait.
07:39Comme je l'ai dit, on vivait dans un système de peur.
07:41Mais ce n'était pas caché, ça.
07:43Les coups, ce n'était pas caché.
07:44Au contraire, ils voulaient que ça se voie, les coups.
07:48Pour que tout le monde ait peur.
07:50Hier, il y a eu une interview d'un de vos collègues de Quotidien
07:54sur un monsieur, j'ai oublié son nom.
07:56Mais elle est ubuesque, cette interview.
07:58Parce qu'il explique, avec le plus grand de naturel,
08:01que voilà, on mettait quelques coups au début d'année,
08:04et puis après, presque pendant le reste de l'année,
08:10on n'avait pas besoin de faire grand-chose.
08:11Mais c'est ubuesque.
08:13Ça veut dire qu'en résumé, il explique que le système
08:16était fait pour que les gens soient dans la peur.
08:19Il fallait que ça se voie.
08:20Cette personne dont vous parlez aujourd'hui,
08:22il est maire d'une commune.
08:24Pour vous, ils doivent tous rendre des comptes ?
08:26Tout s'expliquer ?
08:28Alors, ils doivent tous rendre des comptes.
08:30Il est évident.
08:31Quand je vois que cette personne est maire,
08:33mais comment réagissent ces administrés à l'heure actuelle ?
08:36Est-ce qu'ils n'ont pas un moment à se dire,
08:40mais ce type, quelle est son éthique ?
08:42Est-ce que l'on veut que ce soit ce type qui nous représente ?
08:45Qu'il soit notre représentation ?
08:47Qu'est-ce que fait l'État par rapport aussi à une personne
08:49qui est avec un passif pareil et qui administre une commune ?

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