Donald Trump précipite sa guerre commerciale. Dès ce mercredi 9 avril, des nouveaux droits de douane de 20% s'appliqueront aux produits de l'Union européenne entrant sur le sol américain.
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00:00Avec nous Myriam Mansad, bonjour et merci d'être avec nous. Vous êtes économiste et professeur à Ketch Business School à Paris.
00:08Et Frédéric Simotel nous accompagne également, journaliste à BFM Business et présentateur de Tech & Co.
00:14Merci d'être là Frédéric ce matin, 36 heures après ces droits de douane décrétés par Donald Trump,
00:20on sent que le monde cherche la bonne réponse, cherche une coordination ou pas.
00:25Hier soir Emmanuel Macron a donc demandé aux entreprises françaises de suspendre tout projet d'investissement aux Etats-Unis.
00:32En attendant la riposte à l'échelle de l'Union Européenne, il demande l'unité à la fois des pays membres et à la fois des entreprises françaises.
00:41Ecoutez ce qu'en pense Patrick Martin, il était l'invité de première édition il y a une demi-heure, le président du MEDEF.
00:47Lui, il redoute surtout la destruction de centaines de milliers d'emplois.
00:53On exporte de l'ordre de 50 milliards d'euros par an aux Etats-Unis.
00:57Alors c'est vrai dans toutes les filières, mais c'est vrai dans l'aéronautique, c'est vrai dans l'agroalimentaire.
01:03Et donc il peut y avoir des conséquences graves à hauteur de plusieurs centaines de milliers de destructions d'emplois,
01:07à la fois ciblées sectoriellement et ciblées géographiquement.
01:11Alors justement Myriam Ben Saad, ces destructions d'emplois massives évoquées par le président du MEDEF,
01:16elles pourraient intervenir dans quels secteurs ?
01:18Dans plusieurs secteurs effectivement, vous avez des secteurs qui vont être très menacés par ces augmentations de droits de douane,
01:23essentiellement les secteurs industriels liés aux produits manufacturés et agricoles.
01:29Par exemple, on va cibler les cosmétiques et spiritueux et les secteurs automobiles.
01:34Donc ces secteurs sont très dépendants, représentent quand même une part très importante des exportations de la France vers les Etats-Unis,
01:42à l'échelle, comme ce que disait le président du MEDEF, à l'échelle de 51 milliards de dollars.
01:47Ce n'est pas négligeable, il faut réagir tout de suite, maintenant, à travers plusieurs mesures.
01:53Alors justement, pour réagir rapidement, le président appelle à la solidarité entre les filières.
01:59Pourquoi cette notion est importante ?
02:01Cette notion est importante parce qu'il faudrait justement avoir un impact global, un impact fort, face à cette surpuissance américaine.
02:11Donc tous les secteurs doivent agir ensemble, au sein de eux ou indépendamment.
02:17On se disait ce matin que les enjeux ne sont pas les mêmes pour les exportateurs de fromage français, les exportateurs de champagne et les exportateurs du domaine aéronautique.
02:27Tout à fait, parce qu'on est dans un pays où on a une hétérogénéité des secteurs.
02:32La dépendance vers les Etats-Unis n'est pas la même.
02:36Les exportations n'ont pas le même poids dans différents secteurs.
02:41Donc il faut avoir des stratégies, des mesures qui soient applicables pour chaque secteur.
02:47Est-ce qu'on est sûr de la solidarité entre les filières et est-ce qu'on est sûr aussi de la solidarité entre les Européens ?
02:53C'est une très bonne question.
02:54Soit la France décide d'agir seule et du coup on peut prendre des décisions immédiates sur des secteurs stratégiques comme le vin.
03:02On me rappelle quand même que la France est première exportateur mondiale des vins et spiritueux.
03:06Donc soit on décide de faire ça et sans devoir passer par le consensus européen, soit on décide à ce moment-là d'agir à l'unité au sein de l'Union Européenne.
03:17Et là on aura un impact beaucoup plus fort et beaucoup plus important.
03:21Frédéric Simotel, parmi les mesures envisagées au niveau européen, il y a les taxations, ce qu'on appelle les GAFAM, Google, Facebook, Netflix, Apple, que nous utilisons évidemment tous les jours.
03:30Qu'est-ce qui serait très précisément touché ?
03:32Alors qu'est-ce qui pourrait être touché, c'est justement tous ces services américains, les Facebook, les Meta, les Netflix.
03:38C'est là où il va falloir faire très attention parce qu'il y a quand même un enjeu de compétitivité pour les entreprises.
03:43Nous-mêmes, des gens qui nous écoutent qui travaillent en entreprise, ils utilisent sans doute Microsoft 365, c'est la messagerie.
03:50On ne va pas taxer la messagerie, vous imaginez pour les entreprises une hausse des tarifs.
03:54Par contre, tout ce qui est Facebook, Netflix, Instagram, d'autres services, on peut avoir les jeux vidéo aussi, ça pourquoi pas, là on pourrait y aller.
04:04Mais vraiment, il va bien falloir faire le discernement entre ce qui peut atteindre la compétitivité de nos entreprises et ce qui peut être plus de la consommation au grand public.
04:13Mais c'est important pour le grand public aussi. À l'échelle individuelle, il peut être touché à quel niveau, à quel prix ?
04:21Si Netflix, on augmente les taxes de 20%, Netflix va tout de suite répercuter ce tarif. Ils l'ont déjà fait hors droits de douane.
04:31Donc ils le feront certainement et on verra la même chose sur Facebook et on verra la même chose sur tous ces types de services.
04:37Donc il faut s'attendre à ce que ces services soient évidemment plus chers pour chacun d'entre nous ?
04:41Exactement.
04:42Et si Donald Trump bluffait en fait ? C'est ce que nous disait ce matin aussi le président du Medef. Attention à ne pas céder au bluff, écoutez.
04:49On sait que c'est un homme de deal et dans un deal, il ne faut pas céder au bluff. Je pense qu'on peut discuter, même si au fil du temps, et par comparaison avec son premier mandat,
04:58il est parti vers des raisonnements assez déroutants, typiquement les pays qu'il a ciblés, dont Saint-Pierre-et-Miquelon qui n'est pas un pays, je connais Saint-Pierre-et-Miquelon,
05:07tout ça est assez surprenant. Donc ça relativise mon propos. J'espère qu'on peut encore discuter.
05:12Et vous, vous espérez qu'on peut encore discuter avec Donald Trump ?
05:15Avec Donald Trump, c'est un peu compliqué de discuter avec lui. C'est avant tout un homme d'affaires. C'est une personne qui est assez rigide.
05:21Mais effectivement, on peut riposter de différentes manières à travers des leviers de pression économique, politique et diplomatique.
05:29Économique, c'est peut-être aussi d'imposer des droits de douane supplémentaires sur des produits stratégiques américains comme le gin, le whisky, les Harley-Davidson.
05:39On peut également aussi jouer sur la diversité. L'Union européenne devrait diversifier son panier d'exportation.
05:46On devrait peut-être cibler d'autres régions du monde que le commerce transatlantique, comme l'Amérique latine.
05:51Donc on avait eu un débat déjà fin 2024 sur les accords UE Mercosur.
05:55Et puis surtout, peut-être une approche plus diplomatique, faire intervenir l'OMC, par exemple, qui peut jouer un rôle assez important ou les entreprises américaines.
06:04D'un mot, Frédéric, justement, si la méthode de Trump, c'est justement le bluff, ça veut dire qu'il y a une petite marge de manœuvre quand même ?
06:11Alors nous, on a de la chance en Europe de pouvoir reposer sur des réglementations.
06:14On a imposé l'EDSA, l'EDMA pour qu'il y ait plus de compétitivité entre les acteurs américains et les acteurs européens.
06:20Donc ça, c'est une première chose. Et la deuxième, on a peut-être une certaine chance, c'est que Donald Trump, il est très ancré sur les années 50.
06:26Lui, il veut l'industrie des voitures, des immeubles, les services numériques. Il comprend un peu moins.
06:30Et là, peut-être à nous de jouer à pousser nos pions.