Patrick Martin, président du Medef, était l’invité de BFMTV. Il revient sur l'annonce par Donald Trump de droits de douane sur les produits entrant aux États-Unis.
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00:00Huit heures moins le quart, l'invité de première édition, bonjour Patrick Martin, et merci d'être avec nous ce matin, vous êtes le président du MEDEF et vous étiez hier après-midi à l'Elysée avec Emmanuel Macron pour cette réunion qui a duré un peu plus de deux heures avec les représentants des filières qui vont être impactées par la hausse des droits de douane décrétés par Donald Trump.
00:17Patrick Martin, vous êtes plutôt carotte ou bâton avec Donald Trump ?
00:21C'est un peu binaire, commençons par être bâton, puisqu'il l'est lui-même, on sait que c'est un homme de deal, et dans un deal il ne faut pas céder au bluff.
00:29Donc vous êtes sur la même ligne qu'Emmanuel Macron qui hier soir a annoncé qu'il demandait aux entreprises françaises de suspendre dès maintenant tout projet d'investissement aux Etats-Unis ?
00:39Oui, alors c'est loin d'être l'essentiel du propos du président de la République, moi je serais tenté de vous répondre par une pirouette, les Américains seraient bien inspirés de venir investir en Europe, créer des usines en Europe, parce que si les marchés se ferment et qu'ils se privent du plus grand marché au monde, ça sera les premières victimes.
00:56On peut discuter avec Donald Trump ?
00:59Je pense qu'on peut discuter, même si au fil du temps, et par comparaison avec son premier mandat, il est parti vers des raisonnements assez déroutants, typiquement les pays qu'il a ciblés, dont Saint-Pierre-et-Miquelon, qui n'est pas un pays, je connais Saint-Pierre-et-Miquelon, tout ça est assez surprenant.
01:14Donc ça relativise mon propos, j'espère qu'on peut encore discuter.
01:17Mais quelle est la marge de manœuvre justement de la discussion ?
01:20La marge de manœuvre, c'est qu'à la fin des fins, ce sont les citoyens américains qui seront nos meilleurs alliés.
01:28Pourquoi dit-on ça ?
01:29Parce qu'il ne vous a pas échappé que tous les Américains, pour leur fonds de pension, pour leur retraite, sont actionnaires.
01:35Ils ont perdu, ces derniers jours, des milliers de milliards de dollars d'épargne pour leur retraite.
01:42Sur les marchés américains, et comme les Américains investissent beaucoup sur les bourses mondiales, y compris en France, la douloureuse va être très sévère pour eux.
01:49D'ailleurs, quand on voit les courbes de popularité du Président Trump, elles se dégradent au même rythme où les courbes de bourse se dégradent.
01:57Il y a des organisations patronales aux Etats-Unis avec lesquelles vous êtes en contact, en tant que mesdèfs, qu'est-ce qu'ils disent de la politique économique de Donald Trump ?
02:04Ne vous inquiétez pas, mais je vais vous dire les choses de manière un peu cache, tout le monde rase les murs aux Etats-Unis, y compris au sein de l'administration Trump.
02:11Il y a quand même beaucoup de gens éclairés, ce sont des grands démocrates, et pour l'instant ils se taisent.
02:16C'est pour ça que je vous disais à l'instant que c'est l'opinion publique, ce sont les épargnants qui, à un moment donné, et de mon point de vue, assez rapidement, vont rappeler l'administration Trump, le Président lui-même, à la rationalité.
02:27Mais qui doit négocier aujourd'hui avec Donald Trump ?
02:29Parce qu'Emmanuel Macron a appelé hier à l'unité, est-ce que c'est la France qui doit négocier directement avec lui ? Est-ce que c'est l'Union Européenne ? Est-ce que ce sont les entreprises elles-mêmes ?
02:38Alors, c'est l'Union Européenne, et j'affirme, ça a été le propos du Président de la République hier, moi je l'ai vérifié en me rapprochant de mes homologues patronaux européens,
02:47j'affirme que l'Europe va être très solidaire, très unie, et il le faut impérativement, face aux Américains.
02:54Et puis il y a ce qu'on appelle la diplomatie économique, je peux vous citer un certain nombre d'exemples où elle a été efficace, c'est-à-dire que les chefs d'entreprise eux-mêmes,
03:01qui me semble-t-il sont assez influents à la Maison Blanche, les chefs d'entreprise eux-mêmes, parce qu'ils ont d'autres logiques, d'autres horizons, vont faire entendre leur voix.
03:10Bon, il faut que ça bouge vite, vous avez parlé hier d'une extrême gravité pour l'économie européenne. Si on parle vraiment en concret, quelles peuvent être les conséquences rapides pour l'économie française ?
03:18Et je pense par exemple à l'emploi.
03:20Écoutez, on exporte de l'ordre de 50 milliards d'euros par an aux Etats-Unis, alors c'est vrai dans toutes les filières, mais c'est vrai dans l'aéronautique, c'est vrai dans l'agroalimentaire,
03:30et donc il peut y avoir des conséquences graves à hauteur de plusieurs centaines de milliers de destructions d'emplois, à la fois ciblés sectoriellement et ciblés géographiquement.
03:39J'étais à Cognac il y a maintenant 15 jours avec tous les acteurs de la filière, dont les viticulteurs, c'est 70 000 emplois sur l'équivalent d'un département.
03:48Donc ça peut être très douloureux. Raison de plus pour être ferme, mais surtout imaginer des mesures pour rebondir derrière.
03:54Mais justement, ces mesures, elles doivent intervenir quand ? À partir de quand il faudra passer de la carotte au bâton, j'allais dire ?
04:00Alors les mesures défensives, il faut prendre le temps de les imaginer, de les élaborer.
04:04On a du temps.
04:05Là, on a l'impression que l'économie européenne, elle prend tout son temps. Donald Trump, il ne prend pas son temps.
04:09Non, mais l'économie, ce sont des cycles relativement longs. Un mois, c'est ce qu'il faut pour précisément mesurer si les Américains vont réellement mettre en œuvre leurs menaces
04:18et ensuite identifier les leviers, les secteurs, les produits sur lesquels on pourrait réciproquement leur faire aussi mal.
04:24Mais derrière, le vrai sujet, c'est que l'Europe enfin accélère sur sa compétitivité.
04:29Et le troisième levier, c'est qu'enfin également, on avance sur le Mercosur, on avance sur le CETA avec le Canada,
04:36on accélère les négociations commerciales avec l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie,
04:40parce qu'on ne va pas se lier les pieds et les poings entre les mains d'une administration américaine qui est très menaçante.
04:45D'un mot, vous parliez de Saint-Pierre-et-Miquelon, vous n'avez pas parlé de la Guadeloupe par exemple, qui elle, sera soumise à des taxes de 10% seulement.
04:51Est-ce que finalement, la solution, ce n'est pas de se dire, on va tout faire passer par la Guadeloupe et on ne fera que 10% pour rentrer aux Etats-Unis ?
04:56Oui, enfin, vous avez quand même des coûts logistiques qui sont non neutres et puis disons les choses.
05:01Mais n'importe comment, il faut traverser l'Atlantique à un moment ou à un autre.
05:03Oui, mais enfin, quand vous avez une rupture de charge, c'est-à-dire que vous envoyez un premier bateau, puis vous le déchargez, vous rechargez un autre bateau pour expédier.
05:10Non, mais vous parliez des 10% Guadeloupe, quand on voit que par exemple la Réunion est sévèrement taxée,
05:15ce sont des territoires auxquels je suis très attaché, où je me rends pour le MEDEF, pas à titre personnel, encore que c'est absurde.
05:22On a vraiment la démonstration que tout ça a été bâclé, tout ça est de la gesticulation.
05:27Il faut qu'on apaise le débat, il faut qu'on le rationalise et il faut être solidaire, ferme et penser à l'avenir.
05:33Merci Patrick Martin d'être venu ce matin sur le plateau de première édition.