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00:00Ce qu'on a de plus précieux dans la vie, c'est le temps.
00:03Donc moi, je travaille beaucoup à conscientiser et à stratégiser
00:07là où je vais passer mon temps.
00:09Bonjour, je m'appelle Cécile Belliot, je suis la directrice générale du groupe Bell.
00:12Alors Bell, je pense que ce sont des marques que vous connaissez bien,
00:15en tout cas avec lesquelles vous avez sans doute grandi.
00:18La Vache qui rit, Baby Bell qui rit et Pompote.
00:20C'est un groupe familial.
00:22Chez Bell, nous, on est tous très convaincus
00:25que l'alimentation, ce n'est pas un business,
00:27ce n'est pas une marchandise comme les autres.
00:29C'est surtout la santé des gens, la santé de la planète.
00:32Le bien-être de ceux et celles qui nous nourrissent.
00:34Et donc, on a à cœur de remplir cette mission
00:38d'apporter à tous une alimentation saine, responsable.
00:42Je suis née dans une famille où l'ouverture, la curiosité,
00:46le travail, la méritocratie, c'était des valeurs importantes
00:49parce que j'avais d'un côté une maman qui était professeure des écoles
00:52et de l'autre côté, un papa, entrepreneur,
00:56qui s'est un peu fait tout seul, qui a créé sa propre petite entreprise.
01:00Et donc, j'ai grandi avec ces valeurs-là
01:02et je pense que je continue à les incarner.
01:04En tout cas, elles sont assez fondamentales pour moi.
01:07J'ai eu la chance de faire l'ESSEC.
01:09C'est une formation que moi, j'ai adorée
01:12parce que la particularité de l'ESSEC,
01:13c'est de laisser beaucoup, beaucoup de liberté aux étudiants
01:17dans le choix des matières qu'ils pratiquent.
01:19Et moi, j'avais une passion qui était ce qu'on appelle les humanités.
01:21Donc, toutes les sciences qui concernent les hommes.
01:25Et ce n'est pas un hasard, là encore, si j'ai fini dans l'alimentation
01:28parce que, quoi de plus quotidien, culturel et socialisant,
01:33finalement, que ce que l'on mange.
01:35Quand je suis rentrée chez Bell, je ne pensais pas du tout être CEO
01:38puisque je rentrais dans une entreprise familiale
01:41où le poste de CEO était fusionné avec le poste de président
01:45et que c'était la cinquième génération, donc Antoine Fiavé, qui l'avait.
01:47Je pense que ce qui a fait la force, en tout cas, de mon parcours,
01:51c'est d'aller toujours vers ce qui me passionnait
01:54et vers ce qui était mes forces et qui était ma main droite.
01:57Alors, moi, il y a eu plusieurs choses qui se sont jouées dans ma carrière.
02:00D'abord, j'ai eu la chance de commencer dans une entreprise.
02:03Donc, très vite, j'ai bougé chez Danone
02:05et dans une entreprise où, moi, j'ai vu et j'ai été entourée de femmes dirigeantes.
02:11Et donc, oui, on appelle ça des rôles modèles.
02:13Moi, je suis convaincue que c'est important.
02:15Je ne peux pas devenir ce que je ne vois pas.
02:17Dès que je suis rentrée chez Danone, la directrice générale était une femme,
02:21Myriam Cohen, avec trois enfants, épanouie et puissante dans son rôle.
02:27Et j'en ai eu pas mal, en fait, des femmes tout au long de ma carrière.
02:30Donc ça, déjà, ça donne confiance.
02:32Après, c'était une époque où Danone avait mis en place des programmes
02:35et des programmes, justement, où ils repéraient la diversité
02:39et les jeunes femmes talents.
02:40On nous a mentorées, on nous a formées au leadership.
02:44On m'a donné très jeune un petit code que je partage souvent,
02:48d'ailleurs, avec les hommes et avec les femmes.
02:49Pour gérer une carrière, il faut s'attacher à ce qu'on appelle le code PIN.
02:53P-I-N, comme le code de votre téléphone.
02:55Il y a performance, il y a image et il y a network.
02:57Les femmes, très souvent, surinvestissent la performance,
03:00mais elles oublient très souvent l'image et le network.
03:05Dans Network at Work, dès que vous rencontrez des gens
03:07qui viennent d'un horizon différent, vous, vous enrichissez.
03:10Donc mettez-le dans la to-do liste, en fait, de la semaine.
03:14Et l'image, ce n'est pas juste faire son autopromotion.
03:16C'est comment, au-delà de votre équipe et de ceux qui vous connaissent,
03:20vous avez un impact sur votre organisation au sens large
03:24et comment vous rendez cette organisation apprenante.
03:27Donc ça, ça ne peut passer que par le faire savoir.
03:30Et ça, ça permet de créer une image,
03:32c'est-à-dire que les gens vous connaissent,
03:34ils savent sur quoi vous avez travaillé.
03:36Alors moi, des mentors, j'en ai eu plusieurs.
03:38Je vous en parlais, Myriam Cohen, que j'ai connue au tout début de ma carrière
03:42et qui a toujours été là dans des moments où j'avais besoin d'aide,
03:45où je me posais des questions et qui a toujours su me répondre et m'écouter.
03:51Antoine Fiavec est aujourd'hui mon président.
03:54Cinq ans avant de rentrer chez Bell, je le voyais une fois par an à déjeuner
03:58et on échangeait et j'aimais sa perspective sur le rôle social
04:03et environnemental de l'entreprise, sa vision de l'alimentation.
04:06Et il a été un mentor pour moi, comme il est encore un mentor pour moi
04:10dans ma prise de poste, puisqu'il a été PDG pendant plus de 20 ans.
04:14Georges Casala, qui était à la tête du biscuit pendant des années chez Danone,
04:17a été très longtemps un mentor pour moi.
04:19Et bien même après avoir pris sa retraite, il était encore là pour moi.
04:24Quand on regarde le sujet de l'alimentation, c'est quand même intéressant
04:27parce que 90% des actes d'achat sont faits sur cet univers-là par des femmes.
04:33Et lorsque l'on regarde les 60 plus grosses entreprises de l'agroalimentaire,
04:38il y a 6 femmes.
04:39On est à chaque fois entre 11 et 12 femmes au SBF 120.
04:43Donc je ne dis pas que ça ne progresse pas parce qu'on a conscientisé
04:46le fait que c'était important et que la diversité, surtout, ça amenait de la performance.
04:51Mais on voit que ça prend des générations à faire bouger.
04:54Alors nous, chez Bell, on essaie plutôt de montrer que c'est possible.
04:57Dans mon comité exécutif, comme quoi c'est possible, j'ai 5 femmes, 6 hommes.
05:02Donc on est à 45% de femmes.
05:04Donc on est dans un très bel équilibre.
05:06Au niveau de nos managers, on est à 50-50.
05:08Et là où on a encore un vrai travail à faire et ce qu'on fait, c'est sur les leaders.
05:11On est à 30% de femmes.
05:13Mais chaque année, on gagne 2-3 points.
05:15Donc ça montre quand on met de l'intentionnalité derrière ce sujet-là,
05:19les choses peuvent bouger.
05:20Les leviers, ils sont assez bien connus.
05:23On sait que le mentoring fonctionne bien
05:25parce que souvent, il faut donner les clés aux femmes
05:27qui n'osent pas forcément lever la main, postuler.
05:30Et puis nous, on a mis en place un process assez, là aussi, exigeant,
05:35qui est que quand des postes se libèrent, on n'oblige pas à prendre une femme.
05:39On oblige à ce que dans la shortlist, donc dans les finalistes,
05:44il y ait de la diversité.
05:45Et ce qui est encore plus intéressant que ça, je ne l'avais pas en tête,
05:48c'est que quand moi, j'ai pris la direction générale de l'entreprise,
05:51je me suis aperçue que finalement, la diversité de genre que j'incarnais,
05:55elle parle à toutes les diversités.
05:56Des Marocains m'ont dit,
05:59si chez Bell, en fait, on est capable de nommer une femme à la direction générale,
06:03sans doute qu'on sera capable de nommer un jour au comité exécutif un Marocain.
06:08Et c'est pour ça qu'il y a une responsabilité à parler et à communiquer.
06:13Je pense que c'est bien d'avoir des réseaux féminins
06:16et de faire du réseau tout court.
06:18Le principe du network, dans la notion de work,
06:21c'est aller vous enrichir avec des gens qui viennent d'horizons très différents.
06:25Ce que j'ai trouvé, moi, dans les réseaux féminins,
06:27et qui peut être quand même assez intéressant,
06:28c'est qu'il y a une vraie sororité.
06:30Je le vois tout de suite, quand je fais un dîner
06:32et qu'il n'y a que des femmes dirigeantes,
06:33et quand je fais un dîner avec des hommes dirigeants,
06:36les femmes dirigeantes vont être très souvent
06:39beaucoup plus authentiques quand elles partagent.
06:43Donc, elles n'arrivent pas en disant tout de suite
06:44« Wouah, j'ai encore fait une super année ! »
06:46Elles vont plutôt commencer par dire
06:48« Wouah, c'était encore super dur cette année.
06:50J'ai dû faire ça, voilà où j'ai des difficultés.
06:52Comment tu as déjà fait ça ? »
06:53Il y a tout de suite, en fait,
06:55une simplicité dans la relation et moins de compétition.
07:00Alors, encore une fois, ça peut paraître général,
07:02mais je l'ai vraiment constaté.
07:04Ça vient sans doute, encore une fois,
07:06de la façon dont on est élevé
07:08et du coup, les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes pour nous.
07:11Mais il faut les deux, encore une fois.
07:12Moi, j'ai énormément de plaisir
07:14à me connecter avec des réseaux d'hommes.
07:17On a une connotation négative du pouvoir
07:19quand on parle d'un homme ou d'une femme de pouvoir.
07:23Et c'est quelqu'un qui va rechercher le pouvoir
07:25comme un but personnel.
07:26Quand on en fait un moyen à une action qui nous dépasse,
07:30ça, c'est beaucoup plus intéressant et motivant.
07:32Un leader pour nous, pour moi,
07:34c'est quelqu'un qui est capable d'incarner,
07:36de poser une vision et d'engager l'ensemble de l'organisation
07:41derrière cette vision et cette ambition.
07:43On a cette conviction que le rôle de l'entreprise
07:47n'est pas simplement un rôle de performance économique.
07:51La performance économique, finalement, n'est qu'un moyen.
07:54Et les entreprises qui durent sont et seront, selon nous,
07:58les entreprises qui ont une vraie utilité.
08:00On sait que l'alimentation et la santé sont liées.
08:03On sait que l'alimentation, c'est un tiers des émissions carbone,
08:06c'est 70% de l'eau utilisée dans le monde.
08:09On sait qu'il y a un milliard d'obèses dans le monde
08:12et on sait aussi qu'il y a un milliard de personnes
08:14qui ne se nourrissent pas à leur faim aujourd'hui.
08:17Et donc, c'est le problème, mais c'est aussi la solution.
08:20Et en fait, nous, la performance, on la définit sur deux jambes
08:24qui ont exactement le même niveau d'importance.
08:27La durabilité et la performance financière.
08:30Moi, mon terrain de jeu, c'est d'essayer de faire manger
08:33le plus grand nombre, le plus sainement possible et durablement.
08:37Moi, je gagne si j'entraîne les autres avec moi,
08:39si je fais bouger mon écosystème.
08:42Et ce jeu, il ne se termine jamais.
08:43En fait, il faut rêver grand pour embarquer une organisation avec soi
08:48et puis pour aller chercher aussi des résultats rupturistes.
08:51Et en même temps, il faut savoir faire preuve de vulnérabilité
08:54parce que le monde est devenu beaucoup trop complexe
08:56pour prétendre qu'on a la solution.
08:58C'est bien dans l'échange et dans le travail avec les équipes
09:02qu'on va trouver le chemin.
09:04Et puis, parce que cette vulnérabilité, elle a même de l'humanité.
09:07Et en fait, les gens nous suivent par le cœur, pas par la tête.
09:10C'est clair que la boîte familiale va donner des ailes
09:14parce que la prise de décision est posée uniquement
09:18avec une vision de long terme.
09:21Le vrai rôle d'un CEO au 440, aussi dans des boîtes cotées,
09:25c'est de faire en sorte que son entreprise est encore là dans 5 ans,
09:30est encore là dans 10 ans.
09:31Donc, il a un rôle de travail, de la performance.
09:34Je sais bien que pour financer toute cette transition
09:38qu'on met en œuvre à la fois dans nos usines,
09:40avec des investissements de décarbonation,
09:42mais d'investissements majeurs dans l'amont,
09:45à un moment, ça, ça ne peut se payer que par de la performance économique.
09:49Donc, en réalité, moi, je n'oppose pas.
09:51Je suis toujours en train de dire qu'il existe un chemin où on fait les deux.
09:55Et donc, ce chemin, c'est celui que doivent emprunter toutes les entreprises,
10:00familiales ou cotées.
10:02Ce qui nous fait émerger, ce qui fait que les talents viennent chez nous
10:04et restent chez nous, c'est le sens qu'on va donner à leur travail.
10:08C'est le fait qu'ils ont le sentiment de participer à une mission qui les dépasse.
10:13D'ailleurs, on n'est pas devenu par hasard entreprise à mission.
10:15Je ne crois pas que les sujets de durabilité soient si liés à la nouvelle génération.
10:20Ce qui est vrai, c'est que nous sommes la première génération de leaders
10:25à tout savoir.
10:26Donc, la question, ce n'est plus le pourquoi on le fait,
10:29c'est comment on le fait et à quelle rapidité on le fait.
10:32Ma carrière a été faite de choix et donc de renoncements.
10:35Une des choses que j'ai le plus travaillé et conscientisé,
10:39c'est ce que j'appelle mon agenda stratégique.
10:41Les deux premières bulles que je protège, c'est le temps que j'ai pour moi
10:45et le temps que j'ai pour ma famille.
10:47Ça ne veut pas dire que j'ai beaucoup de temps,
10:50mais ça veut dire que j'ai un temps qualitatif.
10:52Moi, j'ai quatre enfants, donc vous imaginez bien
10:54que le petit dernier, il a huit, la plus grande, elle a 22.
10:57Si je n'ai pas du temps pour eux, en fait, je perds mon équilibre,
11:00je perds le sens et il y a tous les autres parties prenantes
11:07dans un job de CIO.
11:08Et l'important, encore une fois, c'est de conscientiser
11:10et donc d'accepter et de pouvoir dire non.
11:13Moi, le rêve que j'ai, c'est que dans cinq ans,
11:16Bell soit citée en exemple partout,
11:18comme l'entreprise qui a réussi à démontrer
11:21qu'un nouveau modèle alimentaire était possible
11:23et qu'on a réussi à impacter et à faire bouger la Montlétier,
11:29à faire bouger nos compétiteurs, à faire bouger les distributeurs
11:33pour trouver une solution forte aux enjeux à la fois de santé
11:37et planétaires liés à l'alimentation.
11:39Si j'avais une personne à interviewer,
11:43en tout cas, moi, j'irais vers Myriam Cohen,
11:45qui a été mon mentor, qui est aujourd'hui comme ex de L'Oréal
11:49et qui est une femme extrêmement inspirante.

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