François Morel et le musicien Antoine Sahler étaient les invités de France Inter dimanche 30 mars, pour le spectacle “Ce qu’a vu le pavé”, au musée d'Orsay du 3 au 6 avril, dans le cadre de l’exposition “L’Art est dans la rue” (jusqu’au 6 juillet).
Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50
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00:00Le premier invité de cette matinale, les premiers, le premier est un habitué bien
00:04connu de nos services et de vous, chers auditeurs, qui avez la joie de l'entendre tous les
00:07vendredis matin, juste avant 9h pour sa connexion France Inter, de nos services de France Inter
00:13et de vous, chers auditeurs, il est aussi comédien et cette fois donc il chante dans
00:16le cadre d'une magnifique expo, l'art est dans la rue au musée d'Orsay à Paris.
00:20Bonjour François Morel !
00:21Bonjour !
00:22Et bonjour à Antoine Saler qui vous accompagne ce matin, qui est votre complice de toujours
00:26ou presque !
00:27Presque, oui, bonjour !
00:28Vous serez en spectacle donc à partir de jeudi au musée d'Orsay avec des chansons
00:31et des textes d'époque, ça s'appelle « Ce qu'a vu le pavé », vous êtes un
00:36homme de scène François Morel, la rue, puisque c'est de ça qu'il est question dans cette
00:40exposition des affiches du XIXe siècle dans la rue, la rue c'est le meilleur des théâtres
00:44?
00:45En tout cas c'en est un possible, c'est un univers qui nous a fait rêver parce que
00:49c'est riche, c'est beau, c'est plein de choses qu'on a dans la tête, des chansons
00:54de Bruand, de Jeanne Avril, d'Yvette Gilbert, tout un univers qu'on a essayé de ressortir
01:02autour duquel on a rêvé parce que ce n'est pas seulement des reprises, c'est aussi
01:05des chansons qu'on s'est amusé à faire.
01:08Et des chansons qu'on ne connaît pas forcément, c'est-à-dire qu'on connaît les auteurs,
01:10on voit la tonalité mais on ne les connaît pas forcément ?
01:13On a même fait des découvertes absolument formidables.
01:15Ah oui, lesquelles ?
01:16Moi je pense à une chanson qui s'appelle « Le couteau » de Théodore Bottrell qui
01:21est un texte incroyable.
01:23Je n'avais pas beaucoup d'affection comme ça pour Théodore Bottrell qui était un
01:26anti-dreyfusard et qui a écrit notamment « La pimpolaise » et là on a écouté une
01:32chanson qui s'appelle « Le couteau » et c'est un plaisir de la chanter avec Thibaut
01:37de Fever.
01:38C'est quoi cette chanson Antoine Saler ?
01:39On a l'impression que c'est une chanson de Brassens, 60 ans avant ou 80 ans avant.
01:43C'est une histoire de vagabond et de métaillé avec un retournement, c'est une espèce
01:50d'Auvergnat avant l'heure mais très étonnant et très moderne dans l'écriture.
01:53Elle est tellement bien écrite.
01:54Vous disiez « La rue » c'est une bonne scène, le musée Antoine Saler c'est une
01:57bonne scène aussi ?
01:58En tout cas ce qui nous a tout de suite intéressé avec François c'était dans un musée de
02:03parler de la rue.
02:04C'est-à-dire que de mélanger deux choses qui a priori sont…
02:07Il y a même une colonne Maurice qui est installée dans le cadre de l'exposition.
02:10Et c'était assez évident pour nous que la chanson pouvait être le point de jonction
02:14entre ces deux choses-là, c'est-à-dire que la chanson et la rue il y a une espèce
02:17d'évidence.
02:18C'est-à-dire que c'est le truc, on s'y flotte, on se passe, on entend quelqu'un
02:22dans la rue qui chante une chanson, qui nous remémore quelque chose, donc on a travaillé
02:26un peu sur cette idée-là.
02:27Il faut décrire cette exposition parce que ce n'est pas n'importe quelle exposition,
02:30elle est absolument formidable, c'est donc au musée d'Orsay et ça s'appelle « L'art
02:34est dans la rue », ça court jusqu'au 6 juillet et c'est une histoire des affiches.
02:38Les affiches elles sont formidables, du milieu du 19ème au début du 20ème.
02:42Un mot peut-être, parce qu'on l'a décrite, Roger Marx, comme un musée en plein vent,
02:48la ville est transformée, Paris est transfigurée quand arrivent les affiches formées au hasard
02:53ce musée en plein vent, où le génial se heurte au médiocre, où l'exquis voisine
02:58avec le grossier, où le spirituel côtoie l'absurde, il y a toute cette culture qui
03:03transforme le Paris haussemanien et on voit que vous avez été passionné par ça, qu'est-ce
03:08qui vous a plu François ?
03:09Je crois qu'on est habitué maintenant à avoir des affiches partout et ce ne sont pas
03:13toujours des œuvres d'art, là ce qui est formidable, il y a un texte de Félix Fénéon
03:17notamment, qui parle de ça, de la découverte de toutes ces affiches-là, de comment l'art
03:22est vraiment dans la rue.
03:23Alors je vais le citer, c'est génial, Félix Fénéon, il compose une diatribe contre la
03:30peinture officielle, il dit la chose suivante, l'affiche de la peinture chic, la peinture
03:38chic est beaucoup plus… Je vais y arriver !
03:41Vous avez raison, le citez !
03:43Je le cite bien, je crois, et en fait, il adore l'affiche, c'est beaucoup plus chic
03:48que les croûtes au jus de réglisses qui font la jubilation des trous du cul de la
03:52hôte.
03:53Et c'est assez dément, mais qu'est-ce que vous chantez alors ?
03:55Qu'est-ce qu'on chante ?
03:57Et ce matin en particulier ?
03:59Alors ce matin en particulier, on a choisi un texte de Bruyant, parce que j'aime beaucoup
04:04ce texte-là, il avait été mis en musique par Georges Moustaki il y a à peu près 60
04:08ans.
04:09Renaud l'a dit aussi, ça s'appelle « Le lézard », moi j'aime beaucoup ça.
04:13On va vous écouter, parce qu'il y a donc Bruyant qui a été dessiné par Toulouse-Lautrec.
04:17On se rappelle le chapeau noir, l'écharpe rouge, cette affiche…
04:22J'adore Toulouse-Lautrec, je trouve qu'il laisse de la place, c'est-à-dire le carton
04:27n'est pas toujours couvert de couleurs, et je trouve que c'est la bonne position
04:32de l'artiste, c'est-à-dire de laisser la place à celui qui regarde.
04:35On vous écoute avec « Le lézard »
04:39On prend des manières à 15 ans, puis on grandit sans qu'on les perde.
04:43Ainsi moi, j'aime bien roupiller, je ne peux pas travailler, ça m'envergne.
04:48J'en foutrai jamais une secousse, pas même dans la rousse, ni dans rien.
04:52Le soir, pendant que je fais la frappe, ma soeur fait la retape, et c'est bien.
04:58Elle n'a plus de daron, plus de daronne, elle n'a plus personne avec moi.
05:01Au lieu de soutenir ses pères et mères, elle soutient son frère, et puis quoi ? Son
05:05paquet, c'est mon camarade, il veut bien que je fade avec eux.
05:09Aussi, j'aime bien mon beau-frère Ernest, il est à l'ardresse pour nous deux.
05:14Et je ne fais jamais le ménage, je me promène, je nage au dehors, je vais sous les pins
05:26au but.
05:27Là, j'allonge mes flûtes et je m'endors.
05:30On prend des manières à 15 ans, puis on grandit sans qu'on les perde.
05:34Aussi, moi, j'aime bien Roupillet, je ne peux pas travailler, c'est mon merde.
05:38Saskia de Villecourt-Lemoyne C'est un peu dur si on a sommeil ce matin
05:44de vous entendre parler de Selezar.
05:48Oui, il y a beaucoup de poésie, et puis il faut dire qu'on est extrêmement bien accompagnés.
05:54Vous avez des invités ? Oui, il y a la chanteuse Juliette qu'on
05:58retrouve, il y a Judith Schemla, il y a Thibaut Defeveur, il y a Lucrèce Sassela, Muriel
06:03Gastelbois, Amosma, Antoine Selye C'est une troupe qu'on a reconstituée.
06:10Vous avez déjà fait un spectacle avec eux ?
06:13Oui, on avait fait un spectacle sur les cent ans de Brassens à Sète, il y a quatre ans
06:18déjà.
06:19Et c'était formidable de retrouver cette troupe.
06:22On avait été un peu frustrés de n'avoir pu jouer ce spectacle que six fois.
06:26Donc là, on a reconstitué la troupe pour parler de Bruan et des autres.
06:31On a eu accès à la liste prévue de vos morceaux, vous en avez cité quelques-uns.
06:35Il y a plusieurs séquences, il y a la séquence itinéraire d'une femme, la séquence cabaret,
06:38la séquence affiche, la séquence les dangers, c'est des morceaux d'époque.
06:43Ce ne sont pas des classiques, on ne les connaît pas forcément, comment vous les avez trouvés
06:47et choisis Antoine Selye ? Un petit peu au fil de différentes lectures
06:50aussi, en échangeant avec les commissaires de l'exposition, etc.
06:53On a commencé à travailler dessus il y a une petite année quand même, on n'a pas
06:57fait que ça, mais on a eu le temps de rêver, de tirer des fils.
07:00J'ai lu des trucs sur la goulue qui m'ont amené à différentes choses.
07:03La goulue qui est aussi une affiche de Toulouse-Lautrec.
07:06Une affiche très célèbre de Toulouse-Lautrec et une figure du Montmartre de 1900 qui nous
07:11avait amené à différents sujets.
07:15Et avec François, comme on se connaît bien depuis longtemps, on a aussi quand même écrit
07:18pas mal de chansons originales, un peu à la façon d'eux.
07:22Et souvent, on tire un fil et on en écrive en une, ça allume une deuxième mèche, etc.
07:27Et au final, il y a quasiment la moitié du répertoire qu'on va interpréter qui est
07:31un répertoire original qu'on a écrit tous les deux.
07:33Mais qu'est-ce qui vous attire justement dans ce Paris du 19ème où interlope celui
07:38du boulevard Montmartre, où il y a des cabarets, où il y a des prostituées, mais aussi des
07:41bourgeois qui viennent s'encanailler, il y a un brassage de population, c'est d'ailleurs
07:45comme ça que s'ouvre l'expo, il y a les affiches qui s'illuminent.
07:49Tout à coup, il y a de la couleur sur les murs gris d'Haussmann.
07:53Je crois qu'il y a d'abord une humanité qui est à décrire et qui est formidable.
07:58Il y a aussi la révolution industrielle qui démarre.
08:02Il y a plein de choses qui se passent et il y a une activité artistique.
08:05La consommation aussi.
08:07Et puis je crois que nous, on aime bien, de temps en temps, les commandes, c'est-à-dire
08:10qu'on n'aurait jamais pensé écrire, enfin je pense que t'aurais jamais imaginé écrire
08:14une chanson sur la goulue qui disait à Toulouse-Lautrec « Toi, tu resteras et moi, on m'oubliera ».
08:20Et je trouve que c'est l'objet d'une chanson que je trouve extrêmement émouvante.
08:24Voilà, on a rêvé autour de cet univers-là, on ne savait pas forcément qu'on saurait
08:29écrire des chansons dessus et puis ça a été l'occasion qui a fait les quelques larrons.
08:34Elle est formidable la goulue d'ailleurs, elle parle quasiment comme Charles Trenet.
08:37Je vais citer une autre de ses phrases et je vais essayer de le faire plus convenablement
08:42Longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues.
08:48Non, ça c'est Charles Trenet.
08:49Ça c'est Charles Trenet ?
08:50Oui.
08:51C'est pas du tout.
08:52Ah bon, d'accord.
08:53Non mais c'est amusant d'ailleurs de voir, en fait, comme les chansons se transmettent
08:58et comme il y a encore une forme de culture orale.
09:01C'est ça, et c'est un petit peu ce qui est le sous-texte du titre « Ce qu'a vu le pavé ».
09:06Une idée un peu proustienne que les chansons seraient peut-être là, entre dans le ciment
09:10des pavés, reviendraient, et modestement on va essayer de les, voilà, d'en ranimer
09:14quelques-unes.
09:15Et ça parle de sujets extrêmement contemporains.
09:17Quand Judith Shemla chante « Quand on vous aime comme ça », je crois que ça fait écho
09:22à quelques faits divers qui existent sur la violence faite aux femmes actuellement.
09:27Dans laquelle elle est très engagée.
09:28Elle est très engagée, c'est très puissant et extrêmement drôle aussi quand elle interprète
09:33cette chanson-là.
09:34C'est fou comme une chanson comme « Les petits pavés » par exemple de Paul Delmecq,
09:39une merveille d'écriture, banalise quand même cette violence.
09:43François Morel, quand on entend « pavé », on entend aussi « révolte », « commune »
09:47d'ailleurs il y a des affiches de la commune dans l'exposition.
09:50Il y a ça aussi dans le spectacle qui va accompagner cette expo ?
09:54Il en est question aussi, bien sûr.
09:56C'est politique aussi ?
09:57Je ne sais pas si c'est très politique, mais je ne me rends pas compte.
10:01On est des rêveurs nous.
10:02Mais je pense qu'il y a une dimension politique, je suis sûr.
10:06Je pense que ça l'est, sans être forcément frontal, mais ça l'est de toute façon.
10:11À partir du moment où on interroge ce que raconte cette époque, les changements, il
10:15y a beaucoup de chansons où en fait on voit poindre aussi des pulsions féministes on
10:20pourrait dire.
10:21Oui, c'est-à-dire que c'est des choses qui viennent.
10:23Il y a des affiches féministes et franchement engagées d'ailleurs.
10:26Très engagées, voilà.
10:27Et là je crois qu'il y a une chanson sur le cancan aussi où on se rend compte que
10:33cette danse-là n'était pas que le cliché qu'on en a maintenant, mais c'était aussi
10:38un geste d'appropriation.
10:39L'art dans la rue, c'est ce que pratique Daniel Buren, l'un des plus grands artistes
10:45contemporains.
10:46Daniel Morin.
10:47Daniel Buren.
10:48Vraiment, je n'y arriverai pas ce matin, je suis vraiment très très mal.
10:52Rappelez-moi, François Morel ! Daniel Buren qui disait « À force de descendre dans
10:58la rue, l'art peut-il enfin y remonter ? »
11:01Il me surmonte.
11:02Moi j'ai vu des Buren formidables dans des chemins, sur la petite île Lille d'Ars,
11:09dans le Morbihan.
11:10On dit Ars ?
11:11On dit Ars, oui.
11:12Et il avait fait une exposition il y a deux ans, j'avais préfacé le livre, je vous
11:16fais remarquer.
11:17Et c'était extraordinaire parce qu'il offrait un nouveau regard justement sur les
11:22plages et sur les chemins de cette petite île merveilleuse qui s'appelle Lille d'Ars
11:26dans le Morbihan.
11:27François Morel, ce qu'on voit dans cette exposition aussi qui est magnifique, rien
11:31qu'esthétiquement en fait, c'est pas seulement l'histoire.
11:33Moi j'ai fait des découvertes, par exemple Josso, je ne connaissais pas cet affichiste
11:37qui s'appelle Josso.
11:38Je connaissais les images et je ne connaissais pas son nom et c'est d'une modernité
11:41folle.
11:42Une modernité folle.
11:43Hallucinante.
11:44En typos, en dessins, c'est dingue.
11:45Et c'est très gai, c'est très coloré, est-ce que c'était mieux avant quand on
11:48voit ces affiches ?
11:49Est-ce qu'on a envie de se dire ça ?
11:50Je n'aime pas beaucoup cette phrase.
11:52Mais tant mieux !
11:53C'est quelque chose qu'on essaye justement de traiter indirectement dans le concert.
11:59Mais non, mais c'était dur, c'était violent avant aussi, il y a eu plein de choses.
12:04Il n'y a pas de nostalgie chez vous ?
12:05Pas du tout.
12:06Surtout pas.
12:07C'est pas parce qu'on parle du passé avec admiration que tout était mieux avant.
12:14Loin de là ! Même s'il y avait Josso et ses pubs pour les sardines qui sont absolument
12:18géniales, il faut courir au musée d'Orsay pour voir ça et pour vous retrouver.
12:23Celle qui représente Sarah Bernard, la comédienne, elles sont magnifiques avec beaucoup de doré.
12:30C'est très beau.
12:31François Morel avec Antoine Saler qui était au clavier et au micro avec vous.
12:34Merci à tous les deux d'être venus sur France Inter ce matin, on va mettre toutes
12:38les références mais vos concerts c'est la semaine prochaine avec Julie Tchemla, Juliette
12:41Amosma et beaucoup d'autres au musée d'Orsay dans le cadre de l'expo L'art de la rue
12:46qui verra aussi passer d'autres, le Cirque des Mirages, les danseuses du Moulin Rouge,
12:49on en parlait.
12:50Et puis l'art n'est pas seulement dans la rue, François Morel il est aussi sur scène
12:53puisque vous mettez en scène « Art » de Yasmina Reza qui est en tournée dans toute
12:57la France en ce moment.