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Paul Frappé, président du Collège de médecine générale, était l'invité de France Inter à 6h20 vendredi 28 mars, à l'occasion du 18ème congrès de médecine générale de France.

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Transcription
00:00Premier invité de la matinale à votre micro, Marion Loury, il est médecin généraliste
00:04et président du Collège de médecine générale.
00:06Bonjour Paul Frappé.
00:07Bonjour.
00:08Vous participez au 18ème congrès de médecine générale de France à Paris en ce moment
00:12et vous présentez notamment cet après-midi aux médecins une étude riche en enseignement,
00:17notamment celui-ci.
00:18Les médecins généralistes travaillent bien plus que 35 heures par semaine.
00:22Oui, alors tout à fait, il y a beaucoup de questions qui se posent autour de l'activité
00:26réelle des médecins généralistes.
00:27Aujourd'hui, on peut se dire, c'est un peu étonnant que dans une société de l'information,
00:31on gère la démographie médicale un peu à l'aveugle, soit en décomptant le nombre
00:34de médecins généralistes, soit en regardant le nombre d'actes qu'ils font.
00:38Et en fait, à la fois derrière ces nombres de généralistes et ces nombres d'actes,
00:42l'offre est très variée et donc on avait besoin de faire une enquête pour quantifier
00:46un petit peu plus finement la quantité réelle de temps passé par les médecins généralistes
00:50en demi-journée et puis le type d'actes qu'ils délivrent et qui peut être assez
00:54variable suivant les profils de médecins généralistes.
00:57Et donc, un généraliste, l'un des premiers résultats de l'enquête, travaille en moyenne
01:028,3 demi-journées par semaine, ce qui ne fait pas un temps plein sur le papier, mais
01:07en fait, si on compare en nombre d'heures par rapport à d'autres enquêtes, c'est
01:11des très grosses demi-journées et il est bien au-delà des 35 heures.
01:15Et par exemple, pour ce qui vous concerne, vous, c'est combien d'heures par semaine ?
01:17Alors moi, c'est très particulier, pas du tout représentatif, vu que ces activités
01:23sont faites au Collège de la Médecine Générale.
01:24Et pourtant, c'est aussi ce que montre l'étude, les généralistes sont majoritairement
01:29satisfaits de leur travail.
01:31Oui, c'est un constat qui est réjouissant, parce qu'on parle beaucoup des problématiques
01:36autour de la médecine générale et parfois peut-être qu'on a tendance à penser qu'il
01:41n'y a pas de satisfaction dans le métier et effectivement, c'est très franc, quels
01:45que soient les profils de médecins généralistes, les remplaçants, il y a quand même un vrai
01:49attachement à ce métier, une vraie satisfaction générale de la part des médecins généralistes.
01:54Alors, il y a beaucoup d'enseignements dans cette étude aussi, que finalement, il n'y
01:57a plus tellement de différence entre les hommes et les femmes et ça, c'est intéressant.
02:00Majoritairement satisfaits donc, il y avait pourtant un sujet, un moment de rémunération
02:06mais la consultation, elle a été augmentée à 30 euros en fin d'année dernière, c'est
02:10une hausse de 3,50 euros, c'est suffisant aujourd'hui selon vous ?
02:13Oui, c'est surtout les modalités de rémunération qui sont en question dans le métier de médecin
02:19généraliste.
02:20Les 30 euros, on pourrait dire que c'est un rattrapage de l'inflation mais en fait,
02:22il faut voir qu'il y a beaucoup de rémunérations en arrière boutique que le patient ne voit
02:26pas, qu'ils ne sont pas dans la transaction qu'on a au moment de la fin de consultation.
02:31Il y a des forfaits qui se développent, il y a des nouveaux modes de rémunération qui
02:35se développent et qui parfois, pour le médecin généraliste lui-même, sont des sommes qui
02:40arrivent de manière un peu déconnectée de l'effort, donc qu'il est censé rémunérer
02:45et du coup, il y a un gros enjeu à ce que ces rémunérations qui arrivent, ces nouveaux
02:49modes de rémunération qui seront là pour un peu quitter le nez du guidon et pouvoir
02:54avoir une rémunération plus globale sur des prises en charge générales des patients.
02:59Mais que pour autant, ça ne soit pas détaché de l'effort que c'est censé valoriser.
03:03Du coup, c'est un changement un petit peu de repère pour tout le monde.
03:06Mais il y a ça aussi justement dans la Convention de la Sécurité Sociale, un forfait médecin-traitant
03:10où on donne une certaine somme aux médecins-traitants pour les patients qui suivent de façon régulière.
03:16Oui, aujourd'hui, il y a plus d'une cinquantaine d'indicateurs qui donnent lieu à des rémunérations
03:21multiples, rien que dans le fait d'être médecin-traitant, vous avez différents indicateurs suivant
03:26qu'on a dans notre patientèle de médecins-traitants des patients âgés, des patients en ALD,
03:31en affections longue durée, etc.
03:33Donc, parfois, c'est un petit peu obscur tellement il y a d'indicateurs, il y a aussi
03:36des indicateurs sur des objectifs de santé publique, qui évoluent là aussi pour rester
03:43le plus pertinent possible.
03:44Alors, ces revalorisations dont on parlait, et puis ces améliorations dans la rémunération,
03:48elles étaient censées régler, en tout cas aider à régler aussi le problème, un problème
03:52dont vous allez forcément parler à ce congrès, celui des déserts médicaux, qui est encore
03:56un vrai sujet.
03:57Il y a une proposition de loi en ce moment, qui doit arriver bientôt dans l'hémicycle,
04:01pour résorber les déserts médicaux et l'idée, ça serait de dire aux médecins qui arrivent
04:04dans des zones surdotées, où il y a déjà trop de médecins, qu'ils devront attendre
04:07le départ d'un autre pour pouvoir s'installer.
04:09Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
04:12Je suis personnellement de Saint-Etienne, je pense qu'on oppose un petit peu des détresses
04:18les unes aux autres, avec des propositions de ce type-là, et on laisse entendre qu'il
04:24y a un...
04:25Je vais revenir à l'histoire de Saint-Etienne, il y a un bouc émissaire, c'est un petit
04:29peu facile de se dire, finalement, toute la souffrance qu'on a dans la difficulté d'accès
04:33aux médecins traitants, c'est parce qu'il y a un fautif, et les médecins généralistes,
04:37c'est leur faute, ils ne veulent pas s'installer où on veut.
04:39Mais aujourd'hui, quand on parle avec cette proposition des zones qui seraient surdotées,
04:45je pense que si on interroge, et en l'occurrence à Saint-Etienne, vous avez la quasi-totalité
04:50de la ville qui est en hors-zone, à part quelques quartiers prioritaires de la ville,
04:54le reste est en hors-zone.
04:55Ça veut dire quoi ?
04:56Ça veut dire que, finalement, cette proposition empêcherait l'installation dans la majorité
05:00du territoire de Saint-Etienne.
05:02Je ne sais pas combien il y a d'auditeurs de Saint-Etienne actuellement qui vont écouter
05:06cette rubrique, mais je pense qu'on n'en trouvera aucun qui dira que, ah bah si, à
05:12Saint-Etienne, c'est très facile de trouver un médecin généraliste, donc voilà, c'est
05:15un peu un jeu de dupe.
05:16Je pense qu'il faut essayer de dépasser ces oppositions, essayer de trouver des solutions
05:22qui soient plus factuelles, et puis, effectivement, essayer de répondre autrement que de dire
05:27que là où peut-être c'est moins désert qu'ailleurs, ne créons pas des déserts.
05:31N'allons pas dire du coup on va créer un désert pour que tout le monde soit au même
05:35tarif.
05:36Voilà, ça fait partie d'un de nos sujets de discussion pour ce congrès de médecine
05:39générale.
05:40Il y en aura aussi beaucoup.
05:41La santé mentale, l'hypnose, la vaccination aussi, et puis des sujets très très importants
05:45comme la fin de vie qui divisent encore, y compris chez les médecins.
05:48Merci beaucoup Paul Frappé, président du Collège de médecine générale d'être venu
05:52sur France Inter.
05:53Merci beaucoup, merci à vous.

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