Après l'acier et l'aluminium, et en attendant le bois de construction ou le cuivre, le président américain Donald Trump a ajouté un nouveau secteur d'activité à sa liste, en annonçant 25% de droits de douane supplémentaires sur le secteur automobile. C'est "une très mauvaise nouvelle" et "un acte non-coopératif", déclare ce jeudi sur France Inter le ministre de l'Économie Éric Lombard.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Économie et des Finances dans le Grand Entretien.
00:06Question, réaction 0145 24 7000 et application Radio France. Éric Lombard, bonjour.
00:14– Bonjour Léa Salamé, bonjour Nicolas Demorand.
00:17– Bonjour, bienvenue à vous.
00:18– Voilà, beaucoup de sujets à aborder ce matin, les chiffres de l'INSEE qui viennent de sortir
00:26sur l'état de l'économie française, la hausse des droits de douane décidée par Donald Trump dans la nuit,
00:33l'avenir du conclave sur les retraites et l'avenir du gouvernement lui-même.
00:38Mais d'abord une réaction sur la visite de Volodymyr Zelensky à Paris,
00:42à l'issue de sa rencontre hier avec le président ukrainien.
00:46Emmanuel Macron a promis une nouvelle allée militaire à l'Ukraine de 2 milliards d'euros.
00:52Question simple, monsieur le ministre de l'économie et des Finances, où trouve-t-on l'argent ?
00:58– Alors d'abord, le ministre est un responsable politique qui veut saluer le courage des Ukrainiens.
01:03Les Ukrainiens se battent contre une agression injustifiée, honteuse, qui a lieu sur le territoire européen,
01:10qui met en danger leur démocratie, leur valeur, leur culture.
01:13Et donc tout naturellement, la France et l'Europe est à leur côté.
01:17D'ailleurs, je recevais hier le vice-premier ministre, Oleksii Chernychov,
01:21pour lui assurer notre soutien.
01:24Et ces 2 milliards d'euros dont vous parlez…
01:26– De plus.
01:27– De plus.
01:27– 2 milliards de plus.
01:28– … font partie des réserves qui sont dans la préparation d'un budget,
01:32mises de côté pour des opérations exceptionnelles.
01:35Je rappelle que les dépenses publiques françaises, c'est 1 700 milliards d'euros.
01:39Donc il y a des réserves qui permettent de faire face à ces nécessités impératives.
01:43Et donc évidemment, quand cette demande a été formulée,
01:45nous nous sommes organisés avec la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin,
01:48pour que ces fonds soient à disposition et en soutien à l'Ukraine.
01:51– Hier, Volodymyr Zelensky a une nouvelle fois appelé les Européens,
01:54vous a appelé à saisir les 200 milliards d'euros d'avoirs russes
01:57pour aider l'armée ukrainienne.
01:58Cette proposition est soutenue par beaucoup de monde,
02:01dont 2 anciens premiers ministres de votre camp,
02:03de la majorité, Édouard Philippé et Gabriel Attal,
02:06qui vous le demandent avec insistance.
02:07Pourquoi refusez-vous de saisir les avoirs russes ?
02:10– Ces fonds sont sous sanction européenne.
02:14Ils sont maintenus en Europe.
02:16Ces fonds produisent des intérêts.
02:17Ces intérêts sont récupérés par l'Union européenne
02:19pour financer la défense des Ukrainiens.
02:23Donc ces fonds sont utiles.
02:24Et nous ne souhaitons pas, avant qu'il y ait un accord de paix,
02:29lever ces sanctions.
02:30Et ensuite, quand nous négocierons, quand l'Ukraine négociera,
02:33parce que ça relève de la souveraineté ukrainienne…
02:35– Mais c'est maintenant qu'ils ont besoin de l'argent, c'est pas après.
02:37– Eh bien, ces fonds, encore une fois,
02:38produisent des intérêts que nous leur versons.
02:41Et par ailleurs, les États eux-mêmes,
02:42et on vient d'en parler avec les 2 milliards d'euros
02:44que la France va leur allouer,
02:47ça permet de financer l'effort de guerre ukrainien.
02:50Mais par ailleurs, nous sommes aussi dans un État de droit en Europe.
02:53Ces fonds appartiennent à la Banque centrale
02:55d'un État avec lequel nous ne sommes pas en guerre.
02:58Et donc nous considérons qu'il n'y a pas de base juridique
03:01pour ponctionner ces fonds, qui encore une fois sont sous sanction.
03:04Donc ils ne partiront pas.
03:06Les Russes ne pourront pas les récupérer
03:07tant qu'il n'y aura pas d'accord de paix.
03:08– Vous disiez, il y a 3 semaines,
03:11on n'est pas encore en économie de guerre, mais il le faut.
03:15Le secteur de la défense aura besoin
03:17de 5 milliards d'euros de fonds propres.
03:20Où les trouve-t-on ?
03:22– J'ai réuni avec le ministre des Armées,
03:24Sébastien Lecornu, à Bercy, jeudi dernier,
03:27tout l'écosystème de la défense, les entreprises
03:30et l'ensemble des financeurs, les banques,
03:32les fonds d'investissement et les compagnies d'assurance.
03:36Et là, on parle d'entreprises du secteur de la défense,
03:38on a de très très belles entreprises,
03:40avec 9 entreprises chefs de file.
03:43Ces entreprises vont se financer d'abord
03:45auprès des investisseurs, comme toute entreprise.
03:48Et j'ai surtout voulu signaler avec Sébastien Lecornu
03:51que l'entreprise faisait partie des investissements
03:54qui étaient conformes à la responsabilité à l'éthique,
03:57puisque c'est la première responsabilité même d'un pays,
04:00c'est se défendre pour défendre notre démocratie.
04:02– Les Français qui veulent contribuer à l'effort de réarmement,
04:05ils vont pouvoir le faire ?
04:06– Ils vont pouvoir le faire.
04:08– Ce sera comment ? Comme le livréage ?
04:11Vous allez faire un ticket d'entrée via la BPI de 500 euros, c'est ça ?
04:14Ça commencera comme ça ?
04:15Mais est-ce que c'est un placement à risque ou pas ?
04:17Ceux qui nous écoutent ce matin qui disent
04:19et bien après tout, pourquoi pas ?
04:21– L'effort concerne des entreprises,
04:23donc on parle d'investissement dans des entreprises.
04:25Donc c'est à la fois des investissements un peu plus risqués,
04:27c'est des investissements de long terme,
04:29mais c'est aussi des investissements,
04:30comme ces entreprises sont de belles entreprises,
04:32qui peuvent rapporter plus.
04:33Et je fais confiance à l'ensemble des réseaux
04:35pour proposer des produits.
04:37Et c'est vrai que le premier produit que j'ai annoncé
04:39avec Nicolas Dufour, directeur général de BPI France,
04:42c'est un produit qui s'appelle BPI France Défense,
04:45et auquel les Françaises et les Français qui le souhaitent
04:48pourront s'inscrire dans les réseaux.
04:49– Dès maintenant ?
04:50– Le produit est en train d'être monté,
04:52il faudra attendre encore quelques semaines,
04:54à partir de 500 euros.
04:55Donc c'est vraiment un produit pour le grand public.
04:57– On peut investir dans le réarmement de la France.
05:00On en vient à l'actualité de ce matin,
05:01il y a beaucoup de questions pour vous faire réagir.
05:03Les chiffres de l'INSEE d'abord, qui sont sortis il y a 30 minutes,
05:06c'est des chiffres consolidés de la dette et du déficit pour l'année 2024,
05:09année où l'on a assisté à un spectaculaire dérapage
05:11pas prévu de notre budget.
05:14Le déficit définitif pour 2024 est donc de 5,8%,
05:18alors qu'on attendait 6%.
05:19Vous dites quoi ce matin, c'est un peu moins pire que prévu ?
05:23– Ce n'est pas une bonne nouvelle,
05:25c'est un déficit qui est trop élevé,
05:27et c'est pourquoi nous devons réduire nos déficits.
05:30Permettez-moi de remettre les choses en perspective.
05:33Nous parlons de souveraineté nationale,
05:36non de souveraineté européenne,
05:38à un moment où les risques sont importants.
05:40On a parlé de la Russie, on va parler des États-Unis,
05:43et la souveraineté nationale, elle va aussi avec une souveraineté financière.
05:47Or, tant que nous n'avons pas traité le problème du déficit de la dette,
05:51nous sommes en risque.
05:52Nous avons 3 300 milliards d'euros de dette.
05:55L'année prochaine, enfin plutôt cette année,
05:57nous allons verser à nos créanciers
05:59presque 70 milliards d'euros d'intérêt,
06:02c'est-à-dire plus que le budget de la Défense.
06:05Donc nous devons réduire ce déficit.
06:08Cette étape, 5,8% au lieu de 6% que nous craignions en arrivant,
06:14c'est un peu mieux parce que les dépenses ont été très bien tenues
06:17par le gouvernement de Michel Barnier.
06:19C'est ça qui explique que c'est un peu moins pire ?
06:22On a eu un peu plus de recettes que prévues dans les dernières semaines.
06:26Tout ça est moins bien que ce qui avait été prévu initialement.
06:29La loi de finances initiale, je crois, était à 4,4%.
06:31Et pourquoi on a eu un petit peu plus de recettes ?
06:33Parce que l'économie tient assez bien, en fait,
06:36et parce qu'on avait craint qu'il y ait un changement
06:41dans l'évolution des recettes fiscales.
06:43Dans tous les pays européens, on a eu des recettes de TVA
06:47ou d'impôts sur les sociétés,
06:48par entrée dans la technique qui était un peu différente
06:50de ce qui était attendu.
06:51On a maintenant restabilisé les modèles.
06:53Je pense qu'on y comprend beaucoup mieux.
06:54D'ailleurs, depuis le début de l'année,
06:56les choses se passent comme prévu.
06:57Le plus important, le message que je veux porter,
06:59c'est qu'il faut continuer à réduire les déficits.
07:01Il faut qu'on arrive à 3%.
07:03Tant qu'on n'est pas à 3% de déficit,
07:05la dette augmente et on voit bien que la dette...
07:07En fait, ça veut dire que ce sont nos enfants
07:09qui vont régler le train de vie de l'État,
07:11de la Sécurité sociale aujourd'hui.
07:12Et ça, ça n'est pas possible.
07:14Et donc, nous visons pour cette année un déficit de 5,4%.
07:18Et nous ferons ce qu'il faut pour l'atteindre.
07:20Pas trop optimiste ?
07:23C'est une question de volonté.
07:24Ça demande une tenue des dépenses.
07:26Et nous mettons en place, avec la ministre des Comptes publics,
07:29un suivi mensuel pour que les dépenses
07:31ne dérapent pas.
07:31Nous suivons chaque mois les recettes.
07:34Nous sommes pour le moment en phase.
07:35Nous ferons tout pour l'être.
07:36C'est un pari ou c'est une certitude ?
07:38C'est une décision qui a été prise par l'Assemblée nationale
07:41que nous allons mettre en œuvre.
07:43Mais nous allons le faire collectivement.
07:44Et on a proposé avec le Premier ministre
07:47un changement de méthode.
07:49Le Premier ministre, le 15 avril,
07:51animera une conférence des finances publiques
07:53pour que la situation budgétaire du pays,
07:55à ce moment-là, à fin mars,
07:57soit partagée avec toutes les parties prenantes.
07:58Les élus, les partenaires sociaux,
08:01les collectivités locales.
08:02Donc le 15 avril, il y aura une conférence des finances publiques.
08:04Grande conférence des finances publiques
08:06présidée par le Premier ministre,
08:07où les ministres en charge des éléments de dépense
08:10seront là, les partenaires sociaux.
08:12Nous voulons que ce pilotage engage toute la nation,
08:14parce que c'est le budget de la nation dont nous parlons.
08:16Donc vous maintenez les 5,4% d'objectifs de déficit
08:20en 2025, malgré une croissance qui est
08:23plus à tonne que prévu, vous avouez.
08:25Vous maintenez toujours les 0,9% de croissance en 2025
08:28parce que la Banque de France n'y croit plus du tout.
08:29Vous parlez de 0,7%.
08:31Oui, on avait 0,9% dans le budget.
08:33Le budget initial était d'ailleurs sur 1,1%.
08:35La Banque de France parle de 0,7%.
08:37Je pense qu'il y a une incertitude importante,
08:39on va en parler, liée à la politique américaine.
08:42En fonction des décisions prises par les États-Unis
08:44et de l'impact attendu,
08:45on présentera aux Français,
08:48probablement au moment du 15 avril,
08:50les conclusions qu'on en tire.
08:51Mais cet objectif de 5,4%, il est très important.
08:54Ça représente en fait un déficit de 163 milliards d'euros.
08:59Donc c'est énorme.
09:00Donc nous continuons à augmenter la dette.
09:02Il faut vraiment rapidement qu'on mette fin
09:04à ces déficits trop importants dans notre pays.
09:07La porte-parole du gouvernement a dit que le budget 2026
09:09allait être un cauchemar à préparer.
09:11Vous avez commencé à le préparer,
09:12à vous confirmer que c'est un cauchemar ?
09:14On y travaille depuis le début.
09:17On change de méthode.
09:19La méthode que nous utilisons,
09:20qui est celle du gouvernement de François Bayrou,
09:21c'est le dialogue.
09:22Ce dialogue y commence.
09:23J'ai vu hier...
09:24Le dialogue n'empêche pas le cauchemar.
09:26Le dialogue permet de trouver des solutions.
09:28Je suis convaincu de cela.
09:29Et on a vu hier, avant-hier,
09:31les principales associations d'élus,
09:33l'association des maires de France.
09:35On dialogue avec les partenaires sociaux.
09:37On dialogue avec les responsables politiques.
09:39On le fait très tôt dans l'année.
09:40D'habitude, le budget, le dialogue,
09:43commence en septembre, un peu dans l'urgence au Parlement.
09:45Il faut faire voter la loi de finances.
09:47Nous, nous souhaitons avec le Premier ministre
09:48proposer aux Français, avant l'été,
09:50des éléments.
09:51Mais surtout, on souhaite que ces propositions,
09:53elles soient construites dans le dialogue
09:54avec les partenaires sociaux
09:56pour qu'on construise un consensus.
09:58Donald Trump a donc annoncé hier soir
10:00tout véhicule non fabriqué aux Etats-Unis
10:03sera désormais surtaxé de 25%.
10:09Les droits de douane américains
10:11sont un signal fatal
10:13pour la Fédération des constructeurs automobiles allemands.
10:17Réaction ce matin.
10:18Panique, on peut bien le comprendre
10:20chez les constructeurs automobiles.
10:22Quelle est votre réaction
10:24à ce nouveau train d'augmentation de taxes ?
10:30D'abord, rappeler aux auditrices et aux auditeurs
10:33la gravité du moment.
10:35Nous avons une session de guerre sur notre continent
10:37et nous avons notre grand allié américain
10:39qui change complètement de politique économique
10:42de façon très agressive
10:43et d'une façon qui nuit à l'économie américaine
10:46et à l'économie européenne.
10:47J'ai eu le privilège d'accompagner le président Macron
10:49dans la première visite avec le président Trump
10:51et son gouvernement.
10:52J'ai vu mon homologue américain.
10:54On se parle régulièrement dans le cadre
10:56de ce qu'on appelle le G7,
10:57les sept plus grandes puissances de la planète.
10:59Il faut mettre fin à cette guerre des tarifs douaniers
11:02qui va mettre nos économies en difficulté.
11:05Enfin là, il ne met pas fin, il augmente la guerre.
11:07Effectivement.
11:08L'agressivité, non ?
11:08L'agressivité augmente.
11:10Cette nuit, c'est quoi ?
11:11Vous qualifiez comment cette augmentation des droits de douane
11:13sur les constructeurs automobiles ?
11:14C'est une très mauvaise nouvelle
11:16et c'est un acte qui, évidemment, est non coopératif
11:19dans une situation où c'est la coopération
11:21qui va nous permettre de régler les problèmes.
11:23Donc, on est dans une situation où,
11:25étant dans une position où des mesures agressives sont prises,
11:31c'est l'Union Européenne qui négocie,
11:32le commissaire Sevkovitch avec lequel,
11:33évidemment, on est en contact très régulier.
11:36Et la seule solution pour l'Union Européenne
11:38va être à son tour d'augmenter les tarifs douaniers
11:41envers les produits américains.
11:43Et la liste est en train d'être établie
11:44par la Commission dans le dialogue avec nous
11:46pour, une fois que chacun aura compris
11:49que cette guerre ne mène à rien,
11:51j'espère qu'on pourra arriver à une baisse...
11:52Et vous craignez pas une riposte à la riposte ?
11:56Nous sommes dans une situation où nous sommes agressés.
12:00Soit on se laisse faire, et dans ces cas-là,
12:02cette situation ne s'arrêtera jamais.
12:04Soit on riposte.
12:06Malheureusement, c'est ça la règle du jeu
12:08qui était imposée par les Américains.
12:10Je vais retrouver mes homologues américains
12:12lors des réunions du FMI à Washington mi-avril.
12:16J'espère le plus rapidement possible que nous pourrons dialoguer
12:18afin de baisser les tarifs.
12:21Quand j'avais rencontré Scott Besson,
12:22mon homologue à Washington,
12:24il m'avait dit « mais nous pouvons aussi baisser les tarifs ».
12:27Et je lui ai dit « chiche ».
12:29Et il faut...
12:30« Chiche », mais il fait le contraire.
12:32Oui, il fait le contraire.
12:32Il vous dit ça, il fait le contraire.
12:33Ça ne m'échappe pas.
12:36Nous voulons rééquilibrer le jeu
12:39de sorte que les Américains, eux aussi,
12:42soient contraints de négocier avec nous
12:44de façon à ce qu'on baisse les tarifs.
12:46Mais malheureusement,
12:47quand il y a une action non coopérative qui est prise,
12:50la seule solution,
12:52et nous y réfléchissons, nous en parlons entre nous,
12:55c'est bien de riposter
12:56afin de contraindre nos interlocuteurs à un dialogue.
13:00Quand est-ce qu'on va monter les droits de douane
13:01contre les produits américains ?
13:03La Commission européenne, dans un souci d'apaisement,
13:06a reporté le moment où cette hausse s'appliquerait à mi-avril.
13:11Et les fils ne sont pas coupés.
13:12Ma receve Covid, j'étais à Washington mardi.
13:15Donc j'espère, et je l'ai proposé d'ailleurs au G7,
13:18que nous puissions avoir un dialogue avant mi-avril
13:22de façon à ce qu'on emprunte le chemin de la paix le plus vite possible.
13:27Mais c'est aux Américains de se prononcer.
13:29Éric Lombard, vous n'avez cessé, depuis que vous êtes au gouvernement,
13:31de dire que c'est aux partenaires sociaux de décider
13:34ce qui sortira du conclave sur la réforme des retraites.
13:38Or, François Bayrou, il y a 10 jours,
13:40au micro d'Inter, a fermé la porte d'un retour aux 62 ans.
13:43Donc en fait, ce ne sont pas les partenaires sociaux qui décident,
13:45c'est le gouvernement qui décide à la fin.
13:47C'est bien les partenaires sociaux qui ont entendu le Premier ministre,
13:51mais qui continuent à dialoguer.
13:52Et j'ai noté deux événements que je trouve très importants dans le débat social.
13:58C'est le président du Medef, Patrick Martin,
14:00la secrétaire générale de la CFDT, Marie-Lise Léon,
14:03qui ont dit, en fait, le débat sur les traités est trop étroit.
14:06Nous souhaitons l'élargir à l'ensemble de la sphère de la sécurité sociale,
14:10qui va d'ailleurs fêter ses 80 ans cet été.
14:13Donc c'est peut-être aussi l'occasion de remettre beaucoup de choses à plat.
14:16Et je rappelle que les dépenses sociales, dans nos sujets de budget,
14:20c'est près de la moitié de la dépense publique, 46% pour être précis.
14:24Donc c'est un des éléments extrêmement importants du débat que nous avons devant nous.
14:28Et avec le Premier ministre...
14:29Les autres syndicats, à part la CFDT, ont quitté le conclave.
14:34Il reste la CFDT avec Marie-Lise Léon qui dit, certes, on peut élargir,
14:37mais qui dit, l'objectif est toujours de sortir des 64 ans et de viser peut-être 63 ans.
14:4263 ans, c'est encore sur la table ou non ?
14:44D'autres partenaires sociaux sont autour de la table, du côté patronal et du côté des salariés.
14:51Certains sont partis, mais continuent à suivre la discussion.
14:55Et peut-être, s'il y a une signature, pourraient s'y joindre.
14:57Mais nous verrons bien.
14:58Tout est sur la table.
15:00Nous leur faisons confiance.
15:01Nous souhaitons qu'ils continuent à avancer.
15:03Et cette notion de mandat élargi, ça relève de ma collègue Catherine Vautrin,
15:07qui pilote, avec Astrid Pannot, sur Bouvet, ses négociations.
15:11Pour ma part, je suis tout à fait favorable à accéder à leurs propositions,
15:15afin que, précisément, dans ce grand dialogue qui doit nous permettre d'aboutir à un consensus
15:19sur la réduction des déficits, on s'appuie sur leurs travaux.
15:22Et tout est ouvert dès lors que...
15:25Oui, tout est ouvert sauf le retour aux 62 ans, contrairement à ce que disait François Bayrou.
15:29Dès lors que, sur les retraites, nous revenons vers l'équilibre.
15:33Et ça, c'est la feuille de route qu'a fixée le Premier ministre, à juste titre, évidemment.
15:37Et que, sur la santé, nous réduisons le déficit, qui a été trop important l'année dernière.
15:42La déclaration de François Bayrou sur le non-retour aux 62 ans
15:45est un motif de censure, dit le numéro 2 du Parti Socialiste.
15:49Comment vous réagissez, vous ?
15:51Nous savons, depuis l'installation de ce gouvernement,
15:54que nous n'avons pas de majorité et qu'une censure est possible.
15:58Et c'est la liberté des responsables politiques, évidemment, nous écoutons cela.
16:03Il y a d'autres motifs de censure qui sont, en ce moment,
16:06présentés par le Rassemblement National sur la PPE.
16:10Nous faisons ce qui nous semble conforme à l'intérêt du pays, dans une période, encore une fois,
16:14extrêmement difficile dans l'environnement international.
16:17Difficile au plan intérieur, avec cette réduction des déficits qui est importante.
16:23Ce qui ne nous empêche pas, d'ailleurs, de poursuivre des réformes importantes.
16:26On protège, par exemple, de grandes filières industrielles.
16:29On va travailler sur les désirs médicaux.
16:31Le Premier ministre a proposé au Président des deux assemblées un programme de travail.
16:37Donc, nous avons...
16:38Oui, le programme de travail, pardon d'être un peu brutal,
16:40mais c'est les mots d'Edouard Philippe dans le Figaro qui dit que le programme de travail des mois à venir est vide
16:44et déplore un pays frappé par une espèce d'immobilité.
16:48Donc, en fait, vous répondez quoi ?
16:49Avec tout le respect que j'ai pour Edouard Philippe, respect et amitié,
16:53je ne partage pas cet avis puisque, d'abord, le fait d'avoir fait voter un budget
16:59et de préparer un budget, c'est un élément essentiel de politique publique.
17:02Vous avez rappelé tout à l'heure ce que nous faisons pour développer notre industrie de l'armement
17:06et nous travaillons de façon très concentrée
17:10pour améliorer la souveraineté européenne en matière de défense,
17:14qui est un sujet absolument essentiel.
17:16Nous travaillons sur l'emploi pour ramener à l'emploi les jeunes et les personnes âgées,
17:21la protection de l'industrie.
17:22Vous vous rassurez d'Edouard Philippe ce matin, c'est ça ?
17:24Nous sommes, je pense, extrêmement actifs sur tous les fronts
17:27et, effectivement, avec une menace de censure, c'est la situation de ce gouvernement.
17:30Alain, sur l'application Radio France, allez-vous supprimer l'abattement sur les revenus
17:36des retraités pour l'impôt sur le revenu ?
17:39L'avantage de la méthode que nous proposons, c'est qu'en nous appuyant sur les partenaires sociaux,
17:44sur les partenaires politiques pour proposer des mesures,
17:49ça fait que nous allons éviter, en ce qui me concerne en tout cas,
17:53de nous prononcer sur telle ou telle mesure qui peut être présentée.
17:57Encore une fois, nous allons écouter et nous ferons des propositions,
18:00mais dans un seul mouvement, quand cette phase sera achevée.
18:05Vous en avez parlé vous-même, le Rassemblement national n'est pas content
18:07à cause de la PPE, la programmation pluriannuelle de l'énergie
18:10qui fixe les objectifs énergétiques pendant sur dix ans, jusqu'à 2035.
18:15C'est un gros sujet et vous voulez le faire passer par décret.
18:18C'est insupportable, dit le RN, qui demande un débat avec vote à l'Assemblée
18:22et non imposé en catimini par décret.
18:25Marine Le Pen parle d'une décision impardonnable.
18:27Vous êtes en train de faire les choses en catimini sur l'énergie,
18:30qui est quand même un sujet ultra concernant et ultra important.
18:33C'est une position qui me surprend, puisque d'abord,
18:37ce que nous faisons en matière de programmation pluriannuelle de l'énergie,
18:41c'est assurer l'indépendance nationale, de deux façons, en développant le nucléaire,
18:45ce qui nous donne une autonomie que nous n'avons pas aujourd'hui avec les énergies carbonées,
18:48et aussi avec les renouvelables.
18:50Donc tout ça pour nous mettre dans une situation d'économie zéro carbone en 2050.
18:54Donc je pense que l'objectif, il est très clair.
18:56Pourquoi vous le passez par décret et pas par vote à l'Assemblée nationale ?
18:59La loi de la République propose, même dispose, que pour la PPE,
19:04nous devons d'abord avoir une concertation qui a été ouverte depuis deux ans,
19:07avec un grand nombre de parties prenantes, et cette concertation est en train de se terminer.
19:12Ensuite, la loi dispose que le gouvernement doit prendre un décret que nous prendrons,
19:16et qu'ensuite ce décret sera soumis au débat avec le Parlement de la République.
19:21Donc ce débat aura bien lieu, mais en fonction des dispositions de la loi.
19:24Alors le temps file, et on en a quasiment plus sur EDF,
19:28dont le PDG Luc Rémond a été évincé brutalement par l'État vendredi dernier,
19:33au profit de Bernard Fontana, actuel directeur général de Framatome.
19:38Qu'est-ce qui a précipité ce départ ?
19:40Le mandat de Luc Rémond s'achevait, donc il n'y a pas de précipitation.
19:45Il y a une nouvelle phase qui s'ouvre, puisque la construction des six réacteurs,
19:48où on a à peu près calé avec Luc Rémond le dispositif financier, va commencer.
19:53On a une phase aussi où nous souhaitons que EDF soit plus agile
19:57dans la négociation de tarifs avec les grands industriels.
20:00J'ai parlé tout à l'heure de la protection de l'industrie,
20:02c'est un axe essentiel de ce gouvernement, c'est nécessaire pour le pays.
20:05Ça va aussi s'appuyer sur l'énergie.
20:08Il a eu des mots rudes, et il s'est senti viré.
20:11Oui, j'entends ce qu'a dit Luc Rémond.
20:14Il dit qu'il a constaté une dégradation réelle dans la capacité de l'État à concevoir le changement,
20:19en intégrant l'économie d'entreprise, à prendre des décisions,
20:23et à tenir sa parole. La barque est chargée, là.
20:26La barque est chargée, je ne souhaite pas polimiquer.
20:29Bernard Fontana est au cœur du système, c'est le patron de Framatome,
20:31c'est lui qui fait justement le cœur des réacteurs.
20:33Nous pensons qu'il va conduire ce chantier de façon efficace,
20:37et le poursuivre dans la même stratégie qui n'est pas modifiée.
20:40Et c'est vrai que si nous nous étions mis d'accord avec Luc Rémond sur des sujets aussi importants,
20:45et je sais qu'EDF est une entreprise et nous étions d'accord sur les objectifs de rentabilité,
20:50il y a des éléments substantiels sur lesquels nous ne nous sommes pas mis d'accord.
20:53Il se trouve que c'est une entreprise détenue par l'État,
20:56chargée d'une mission essentielle pour l'avenir du pays.
20:59Vous pouvez virer le patron, vous avez le droit de le dire.
21:01Et c'est les accords qui ont conduit à ce que nous prenions une décision qui est difficile,
21:04mais que j'assume.
21:06Allez, dernière question, le canard enchaîné révèle que le groupe de Vincent Bolloré
21:09a échappé à une amende fiscale de 320 millions d'euros liée à une opération d'attente 2004,
21:13décision de Bercy, votre décision donc, qui fait réagir sur l'appli Radio France.
21:17David, les 320 millions d'euros de pénalités au groupe Bolloré effacés,
21:21ça fait combien en dotation aux hôpitaux ?
21:23Et partant, combien de particuliers se voient effacer les pénalités fiscales suite à un redressement ?
21:28Ce n'est pas une décision de Bercy, c'est une décision qui fait suite à un contentieux.
21:34Et le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative de ce pays,
21:38qui est totalement indépendante, a pris cette décision que nous avons appliquée.
21:44Donc, il n'y a pas de décision ni de Bercy, ni d'aucun ministre,
21:48d'ailleurs les ministres ne se prononcent pas sur les sujets fiscaux,
21:50c'est une décision du Conseil d'État.
21:52Vous la comprenez ?
21:53Je ne commande pas une décision de justice.
21:55Merci Eric Lombard, ministre de l'Économie et des Finances,
22:01d'avoir été à notre micro ce matin. Merci encore.