Président du Comité des Palmipèdes à foie gras
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:008h14, ici Gascogne, l'invité ce matin, le Président du CIFOG, le Comité Interprofessionnel des Palmi-Pedafoie-Graff, Fabien Chevalier.
00:07Alors la semaine dernière, mercredi 19 mars, la France a baissé le risque aviaire sur l'ensemble du territoire.
00:14Le risque était qualifié d'élevé depuis le 9 novembre, il est désormais modéré.
00:18Alors ça fait deux années consécutives que ça va mieux, qu'il y a moins de cas de grippe aviaire.
00:22Pour rappel, en 2021 et 2022, 25 millions de volailles avaient été abattus.
00:27Cette amélioration s'explique par la vaccination mise en place depuis 2023 par l'État,
00:31qui remboursait initialement la vaccination en hauteur de 85%,
00:34un remboursement abaissé à 70% depuis la fin d'année dernière,
00:39et qui ne sera plus que de 40% dès le 1er octobre prochain.
00:43On fait le point sur l'état de la filière foie gras, Fabien Chevalier est avec vous, Eric Ballanger, bonjour.
00:48Bonjour, bonjour Fabien Chevalier.
00:49Bonjour Eric.
00:51Alors, avec tout ce que vous avez vécu, vous, la filière sur ces dernières années,
00:56il faut une certaine dose de courage pour continuer à faire du canard aujourd'hui.
01:03Et finalement, ma première question c'est, est-ce que des gens ont abandonné le canard
01:09après toutes ces crises successives sur ces cinq, six dernières années ?
01:13Alors, les gens n'ont pas abandonné le canard.
01:16Pour produire du canard, il faut d'abord être passionné, c'est important.
01:20On a des vocations, on a des jeunes qui s'installent, ça fait très plaisir.
01:26C'est un métier comme d'autres métiers où il faut continuellement s'adapter.
01:30Il y a eu beaucoup de traumatismes, comme on vient de le dire.
01:34Il faut s'adapter, se professionnaliser, puisque ça a été quand même une nécessité.
01:40Mais c'est un métier d'avenir, et puis c'est un métier qui procure du plaisir, surtout.
01:44Donc ça, c'est très satisfaisant.
01:46Alors, finalement, ceux qui ont tenu bon ont eu raison, parce qu'en ce début de printemps,
01:522025, il y a de quoi être serein.
01:55La filière se porte bien, la filière Fogras.
01:57Alors, si je voulais caractériser l'état d'esprit,
02:03c'est en effet la sérénité, mais la vigilance.
02:08Parce que sérénité, en effet, on a retrouvé pour la première fois depuis très longtemps
02:15l'offre, c'est-à-dire de la marchandise à vendre,
02:21mais attention, ce qui est important aussi, c'est qu'on est en face, nous, de la demande.
02:26Donc ça, on a été rassuré, parce que l'année dernière a été une année où
02:30enfin on a pu fournir nos consommateurs avec leur produit préféré,
02:37leur produit des fêtes préférés, le foie gras.
02:40Donc ça, c'est quand même quelque chose qui permet de voir l'avenir avec sérénité.
02:47Surtout que si on a pu offrir ces produits, c'est grâce à la mise en place
02:52des mesures de biosécurité que l'on a pris, voilà, déjà de longues années,
02:56et grâce à deux campagnes de vaccination réussies.
03:00C'est le vaccin qui vous a sauvé ?
03:02Alors, c'est le vaccin, parmi d'autres, dans la boîte à outils,
03:06qui nous a permis de nous sauver.
03:08La vaccination est un des outils primordiaux, oui.
03:12La vaccination, on l'a beaucoup attendue.
03:16On aurait aimé vacciner plus tôt, mais on n'avait pas de vaccin.
03:19La vaccination, pour d'autres maladies, ça a été efficace.
03:23Bon, pour cette maladie, visiblement aussi, on en a fait la preuve.
03:27Maintenant, vigilance.
03:29Vigilance parce qu'en effet, cet état, cette situation,
03:35grâce à la vaccination, il faut sécuriser cette situation,
03:41j'allais dire sanctuariser ce qui marche.
03:44Les annonces de baisse de participation de l'État nous inquiètent beaucoup.
03:48C'est le dernier coup de sang de la profession qui se disait,
03:51ça y est, j'ai passé le plus dur,
03:53et patatra, il y a une semaine, il y a 10 jours de ça,
03:56on vous annonce que le remboursement du vaccin va diminuer de 70%,
04:00ce qui n'est pas rien.
04:02Non, on va passer de 70% à 40%.
04:04De 70% à 40%, pardon.
04:06C'est ça.
04:08C'est une décision qu'on a prise brutalement,
04:14que l'on peut caractériser à la fois d'incompréhensible,
04:19quand on voit tout ce qui se passe dans le monde,
04:22incompréhensible, c'est le bon terme,
04:25et contre-productif par rapport à l'efficacité du dispositif qui a été mis en place.
04:31Alors je m'explique. Pourquoi incompréhensible ?
04:33Parce que quand on regarde la situation de la France,
04:35qui était, comme on l'a rappelé tout à l'heure,
04:37un pays qui a beaucoup souffert de la grippe aviaire,
04:41aujourd'hui il y a eu 15 foyers cet hiver,
04:4515 foyers sur le territoire français,
04:47donc 4 en canard je précise,
04:49il n'y a pas que les canards qui ont la grippe aviaire.
04:51Donc 15 foyers, alors qu'autour de nous,
04:54il y a des pays qui sont complètement dévastés,
04:57et si on passe l'Atlantique, les Etats-Unis, c'est une catastrophe.
05:01Donc tout ça, en effet, c'est grâce aux mesures que l'on a prises d'année en année,
05:06et surtout aux deux périodes de vaccination,
05:10aux deux saisons de vaccination,
05:12qui nous ont, s'ils ne pas sauvés,
05:15beaucoup beaucoup sauvegardés,
05:18en tout cas de l'attaque des virus,
05:20et de la diffusion de ces virus.
05:23Comment ça coûte la vaccination d'un canard ?
05:25Alors, la vaccination complète d'un canard, c'est à peu près 1,50€ par canard,
05:29ce qui n'est pas rien.
05:31Première année, 85% prix en charge par l'Etat,
05:35deuxième saison, 70%.
05:38Là, on nous annonce 40%.
05:4040%, ça veut dire à peu près 50 centimes d'augmentation.
05:45C'est énorme à aller chercher.
05:48Si vous voulez, si je veux caractériser ça,
05:51pour un éleveur, c'est à peu près 15% de sa marge.
05:5415% de la marge qui ne va plus être prise en compte.
05:57Qu'est-ce qui risque de se passer ?
05:59C'est une démobilisation du terrain.
06:01Pourquoi la vaccination a marché ?
06:04Parce que le terrain a suivi.
06:06Évidemment parce que l'Etat était là, on est bien d'accord,
06:08parce que la France a eu le courage
06:10d'être le premier grand pays exportateur de volailles à vacciner,
06:14donc à perdre des marchés à l'export,
06:17parce que c'est une des conséquences,
06:19mais l'efficacité est là.
06:21Si ça a marché, c'est parce que la base a suivi,
06:26si la base se démobilise,
06:28et qu'il y a même quelques pourcents de producteurs,
06:32quelques petites parts de producteurs
06:34qui font moins d'efforts, plus d'efforts,
06:37ou qui même, à l'extrême limite, arrêtent de vacciner,
06:40c'est l'ensemble du dispositif qui tombe.
06:42Une dernière question, une réponse rapide.
06:44Est-ce que c'est forcément le consommateur
06:46qui va payer un peu plus cher son foie gras et son magret ?
06:50Ça, il faut l'accepter,
06:55et c'est pour ça qu'on a besoin de temps.
06:57Il faut surtout reprendre l'ensemble de nos marchés,
07:00en particulier à l'export,
07:02pour qu'on puisse amortir ce surcoût
07:04sur l'ensemble de nos ventes.
07:06Fabien Chevalier, merci d'avoir accepté notre invitation.
07:09Bonne journée.
07:10Merci, merci à vous.