Les Sopranos, Stranger Things, Veneno, Twin Peaks… Elles ont marqué leur époque. Retour sur ces séries iconiques qui ont fait l'histoire des séries télé.
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00:00Si aujourd'hui c'est un phénomène de société la série, c'est parce qu'elle s'est améliorée sur tous les niveaux, sur toutes les facettes.
00:06Elle a amélioré sa réalisation, son écriture, son nombre de personnages, les histoires qu'elle raconte.
00:11Elle a cassé toutes les frontières.
00:13Elle a parfois remplacé le cinéma dans des domaines où le cinéma n'allait plus, dans des petites histoires, des petites gens.
00:30Aujourd'hui, le grand combat, c'est plus d'apporter de la réale, ça s'est fait, c'est plus de multiplier les personnages, ça s'est fait.
00:47Pour moi, c'est d'écouter les combats sociétaux, d'écouter les demandes du monde, de la population, et c'est la représentation et la représentativité.
00:58C'est d'apporter de la diversité, c'est de donner la parole aux minorités.
01:01Là, dans Vénéno, qui est vraiment une série exceptionnelle, je retrouve cet amour de la réalisation, parce que c'est magnifique,
01:10et il y a exactement ce qu'il faudrait faire tout le temps pour parler de gens invisibilisés dans la vie,
01:18et malheureusement par la fiction, qui devrait être l'endroit où tout le monde a le droit d'exister.
01:22Le fait qu'elle soit, en tout cas en Espagne, et j'espère bientôt chez nous et partout, un hit, cette série-là,
01:28elle montre bien qu'il y a un moment, il va falloir que les gens au-dessus des créateurs,
01:33il va falloir que les studios, il va falloir que les chaînes et que les plateformes comprennent
01:36qu'il y a une demande des gens de voir tout le monde à la télé et dans les écrans.
01:41C'est pas exceptionnel, ça sort de la niche en fait.
01:46C'est des millions de gens qui ont regardé cette série en Espagne, ça veut bien dire ce que ça veut dire.
01:51Ça veut dire qu'il est temps d'éclater en fait tout ça.
01:53En fait, on ne peut plus se permettre de laisser des gens dans des cases,
01:56on ne peut plus se permettre d'invisibiliser, c'est terminé, c'est fini, ça suffit.
02:02Netflix, jusqu'à présent, sortait des séries regardées, mais regardées par des niches,
02:07en tout cas par une forme de communauté, Stranger Things a cassé tout ça.
02:10C'est la série que tout le monde regardait, c'est l'hommage d'une plateforme vidéo au cinéma des années 80,
02:16on retrouve tous les codes de Spielberg, de tous les films d'extraterrestres,
02:21de E.T. qu'on regardait quand on était nous, gamins.
02:24C'est une sorte de série qui crée du dialogue.
02:26Et en fait, c'est tellement dur à faire qu'il n'y en a presque pas.
02:31Et pourtant, on pourrait se dire, la recette elle est là, de l'émotion, des références,
02:36des références même too much, c'est-à-dire qu'elles se sentent à 15 kilomètres les références.
02:41Mais si c'est bien fait, ce n'est pas grave, mais on n'a pas trop réussi à le reproduire encore.
02:45Donc à la fois, c'est un virage dans l'histoire de la télé, ou en tout cas des séries,
02:49et à la fois, c'est une sorte de stop.
02:51Je pense que c'est un Graal, en fait, ce genre de rapport-là à une fiction.
02:58Les Sopranos, c'est une des premières séries de HBO.
03:00On a eu tout un espèce de noyau de séries, de terreaux fertiles.
03:04Elles se sont toutes construites sur ce message de HBO qui était,
03:08nous sommes une chaîne câblée, les gens payent pour voir ce qu'on leur propose,
03:11donc un, on leur propose autre chose,
03:13et surtout, on leur propose quelque chose qu'ils ne verront jamais ailleurs,
03:16même une fois que nous, on leur a fait.
03:18Et les Sopranos encapsulent tout ça.
03:20David Chase a fait appel à des réalisateurs de tout horizon.
03:23À tous, il disait, attention, on fait du cinéma.
03:26On ne fait pas de la télé, on fait du cinéma.
03:28Pourquoi ? Parce que lui, qui a eu une carrière de scénariste et d'auteur à la télé toute sa vie,
03:33c'était un homme extrêmement frustré.
03:35Son rêve, c'était de faire du cinéma.
03:36Et le jour où il s'est retrouvé sur une chaîne câblée qui a dit,
03:39bon, ben nous, ici, il n'y a pas de censure, vous faites ce que vous voulez,
03:43on veut juste que ce soit magnifique,
03:45il s'est dit, ben, c'est mon moment de cinéma.
03:49Là où certaines séries révolutionnaires ont mis du temps à trouver leur public,
03:52ce n'est absolument pas le cas de Twin Peaks.
03:54Et pourtant, elle avait tout d'une série révolutionnaire,
03:57à plein de niveaux.
03:58La première, c'est que c'est le produit d'un cinéaste,
04:01donc il y avait un intérêt, un vrai besoin de faire une belle réalisation.
04:06Jusqu'à présent, on voyait vraiment la série,
04:08c'est un des clichés qu'on a, mais comme une petite sœur du cinéma.
04:12Ce dont on se souvient, c'est la lumière,
04:15c'est les cadres, c'est le rythme, c'est de grands plans larges,
04:20ce qu'on voyait encore rarement à la télévision,
04:22donc un progrès de réalisation.
04:26Toute cette histoire aussi de multiplier les arches narratives,
04:30là, on arrive un peu au climax et au virage de,
04:34on peut avoir non pas un, mais trente personnages principaux,
04:38on peut croiser les arches, on peut faire des récits compliqués,
04:40ce n'est pas un problème.
04:41C'est une des premières séries qui avait ce qu'on appelle le watercooler effect,
04:44ce qu'on appelle chez nous la machine à café,
04:46où dès le lendemain de l'épisode, les gens se réunissaient,
04:49parlaient de la série et il ne fallait absolument pas avoir loupé son épisode,
04:53c'était les réseaux sociaux IRL en fait.
04:55En 2017, quand Twin Peaks est revenu,
04:57elle a reposé des nouvelles bases pour les séries du futur,
05:00donc c'est une série qui est visionnaire deux fois.
05:03C'est incroyable !
05:05Street Blues, c'est une série policière qui a été édifiée dans les années 80
05:09et elle est hyper importante parce qu'elle a totalement déconstruit
05:12ce qu'était le personnage du policier dans la série,
05:14parce que pendant longtemps, à la télévision, un policier c'était un héros.
05:17C'est aussi une série chorale,
05:19on va arrêter de se concentrer sur un ou deux personnages,
05:21on va faire vivre en fait tout l'environnement
05:24et ça va créer évidemment des arches narratives plus complexes,
05:27des histoires qui s'étendent dans le temps.
05:29On va aussi casser ce rythme scénaristique du « we done it » et du procédural,
05:34où chaque épisode c'est une enquête qui est un meurtre au début classé à la fin.
05:40I Love Lucy, c'est une sitcom qui a été diffusée dans les années 50.
05:43Elle est importante à plusieurs niveaux.
05:44Moi, personnellement, ce qui me touche le plus,
05:46c'est de savoir que c'était produit par Lucille Ball
05:48et que c'était une des premières femmes productrices.
05:49Et c'est une sitcom qui, pendant des années,
05:51s'est amusée à déconstruire les clichés du couple tout en les respectant,
05:55parce qu'on est quand même dans les années 50,
05:56donc on montre la réalité du couple.
05:58Et par le biais de la sitcom et par le biais de cette série,
06:01qui était une des séries les plus vues aux Etats-Unis,
06:03elle va réussir tout doucement à faire changer les mœurs des spectatrices,
06:06puisque les spectatrices s'identifient à elles.
06:08C'est la première fois que c'est une série qui est tournée en 35 mm,
06:10et c'est aussi la première fois que c'est une sitcom qui est tournée en public,
06:14et où on n'enregistre pas les rires, ce ne sont pas des rires enregistrés,
06:16et où on peut mesurer, sentir la réaction du public.
06:20On peut savoir comment ça fonctionne.
06:21Ça a été repris après sur Friends et sur plein de sitcoms.