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00:0011h-13h, Pascal Praud sur Europe 1
00:04Il est où le bonheur ? Il est où ?
00:08Il est où ? Il est où le bonheur ? Il est où ?
00:12Bonjour Monsieur le Joyeux !
00:14Bonjour Monsieur Praud !
00:15Ça fait plaisir de vous entendre, j'aime bien quand vous voyez, quand vous venez nous voir.
00:21C'est la journée internationale du bonheur.
00:23Êtes-vous heureux ? La question n'est pas évidente avec toutes ces actualités anxiogènes.
00:27Ce matin, vous êtes professeur de psychiatrie, auteur du livre « L'aventure de la bonne humeur ».
00:31Ce matin, j'étais avec Michel Onfray, je lui posais la question toute simple, est-ce que vous êtes heureux ?
00:35Et il me disait, à mon âge, ne pas être malheureux, c'est en fait être heureux.
00:39Quand le malheur n'est pas présent, c'est d'une certaine manière une façon d'être heureux.
00:45Alors c'est quoi le malheur ? Si on n'est pas malade, si on n'a pas perdu un être cher, si pourquoi pas le travail va bien.
00:51Ah mais je suis complètement d'accord avec ça.
00:53En plus, les médecins, vous savez, on vient rarement nous voir en nous disant « je suis heureux ».
00:57C'est rarement un motif de consultation.
00:59Je n'ai pas de gens qui font la queue en consultation en disant « je suis heureux » ou « je ne suis pas assez heureux ».
01:03Il y avait un chirurgien du siècle dernier qui disait « la santé, c'est la vie dans le silence des organes ».
01:10C'est-à-dire quand un organe ne parle pas, quand on ne se rend pas compte de son existence, c'est qu'il est en bonne santé.
01:15On ne sait pas définir finalement bien ce qu'est la santé psychique, autrement que de se dire « on n'est pas malade,
01:21on n'est pas anxieux, on n'est pas déprimé ».
01:23En se rappelant quand même que ces maladies-là existent, sont fréquentes, doivent être reconnues et traitées.
01:29Mais si on réfléchit vraiment au bonheur, celui qui est sensible, celui qui s'intéresse aux autres,
01:34celui qui est en empathie avec les uns et les autres, il est plus malheureux que celui qui est égoïste
01:40et qui ne s'intéresse qu'à lui-même parce qu'il souffre, il souffre parce qu'il prend en compte l'autre,
01:46il prend en compte que tout le monde ne va pas bien, il ne pense pas qu'à lui.
01:50Oui, ce que vous pointez là, c'est toute la différence entre l'émotion et la maladie.
01:56Moi j'ai tendance à penser que quelqu'un qui ressent des émotions va plutôt bien.
02:01Il y a un joli livre d'Albert Camus « L'étranger » qui commence par « Ce matin ma mère est morte »
02:06« Maman est morte »
02:08« Je suis face à un camusien, aujourd'hui maman est morte »
02:12« Aujourd'hui maman est morte »
02:14« Aujourd'hui maman est morte »
02:16« Ou peut-être hier »
02:17Et la maladie de l'étranger n'est pas d'éprouver du deuil.
02:21Le ressenti du deuil est quelque chose de complètement normal.
02:24La maladie de l'étranger, c'est son incapacité à éprouver des émotions.
02:28Donc il faudrait faire attention à ne pas considérer comme ressortissant de la maladie,
02:33voire même d'une indication à consulter, le fait d'éprouver des émotions.
02:37Face à certaines situations dont vous faites l'écho parce qu'elles sont là,
02:41ceux qui ne ressentent rien m'inquiètent plus que ceux qui ressentent.
02:46On est dans un moment où on va plutôt se considérer à tort comme hypersensible.
02:51On a des critères précis, c'est ça ce qui fait que la psychiatrie est une sorte de médecine de l'émotion,
02:56qui nous font faire la différence entre des états de maladie et des états normaux.
03:00Mais surtout n'allons pas considérer comme malheureux,
03:04et puis derrière devant être soigné ou devant être traité,
03:06toute personne qui par moment va se dire « là ce que j'entends ne me rend pas heureux ».
03:11Ça c'est un signe de bonne santé.
03:13Michel Lejoyeux est avec nous, il est professeur de psychiatrie.
03:15Est-ce qu'il y a un âge où on est plus heureux que les autres ?
03:19En tout cas, si je reviens, pas sur le bonheur mais sur...
03:22Quand on est enfant, on est plus heureux ?
03:25Différemment, en tout cas ce qu'on sait en termes de maladies dépressives,
03:30c'est qu'il y a quand même des pics de dépression.
03:34Chez les adolescents, l'inscription dans une société qu'ils n'ont pas forcément choisie
03:38où les choses sont difficiles, c'est un moment de dépression.
03:41On mesure aussi à quel point les personnes âgées sont souvent les grands oubliés.
03:46On veut être en plein bonheur quand on est actif,
03:50quand on va être beaucoup plus isolé et plus l'âge va venir.
03:54Et si on n'a pas été capable de mettre en place un tissu relationnel, des activités,
03:59là aussi ce sont des moments de vulnérabilité.
04:02Évidemment, mais lorsqu'on a 80 ans, 85 ans, 90 ans,
04:07si on est un peu malade, si on est un peu fragile,
04:09si on est un peu fatigué, si on est éloigné de ce qui faisait le sel de la vie,
04:15peut-être y a-t-il une forme de tristesse.
04:17On va tous parfois dans des Ehpad
04:19et on voit ces gens qui sont en train de déjeuner parfois,
04:24qui ne disent pas un mot, et il y a une forme de tristesse qu'on ressent immédiatement.
04:29Mais quel que soit l'âge, il faut quand même accepter l'idée qu'il y a quelques petits signes,
04:33très simples, que j'ai envie de repartager avec vous,
04:35qui sont des cas où il faut s'inquiéter.
04:37Tant qu'on est un peu malheureux, tant qu'on dit qu'on est malheureux,
04:39c'est qu'on a envie d'autre chose.
04:41C'est plutôt rassurant quand vous dites je suis malheureux.
04:44Par contre, quand on a une perte d'envie,
04:48c'est-à-dire qu'en plus de son malheur, on n'a pas envie de changer,
04:51quand on a une perte d'estime de soi,
04:54c'est-à-dire qu'en plus de son malheur, on s'accuse de son malheur,
04:57quand on a une perte d'énergie,
04:59c'est-à-dire qu'en plus on n'a pas envie de se bagarrer contre son malheur,
05:02là il va falloir s'interroger,
05:04et quand même être capable, au-delà des grands débats philosophico-sociétaux,
05:09peut-être de demander l'avis d'un médecin.
05:11Alors comment qualifier un homme, par exemple,
05:13qui ferait une opération capillaire
05:16pour que ses cheveux repoussent,
05:19parce qu'il a cette envie, ce désir-là ?
05:22Comment le psychiatre que vous êtes qualifierait ou verrait
05:26comme un symptôme de vitalité ?
05:29Absolument, c'est un symptôme de vitalité.
05:31J'en ai un pas loin que je trouve totalement normal et adapté.
05:35Merci beaucoup, heureusement.
05:38Évidemment, tant qu'on a des envies, tant qu'on trouve...
05:42C'est pourquoi je fais la passerelle.
05:44L'amour, évidemment, l'amour rend heureux.
05:47Oui, ou tant qu'on trouve qu'on n'est pas assez aimé,
05:50que les autres ne s'intéressent pas assez à vous, c'est bon signe.
05:54Le jour où vous trouvez qu'on vous aime trop,
05:57que vous ne méritez pas autant d'amour,
05:59il faut s'inquiéter parce qu'on a une perte de l'estime de soi.
06:02Ah bon ? Je vais réfléchir à ce que vous dites.
06:05Tant qu'on trouve qu'on n'est pas assez payé,
06:08que par rapport à ce qu'on fait, on n'est pas assez payé.
06:11Oui, mais ça c'est commun, tout le monde trouve qu'il n'est pas assez payé.
06:14C'est bon signe, c'est qu'on a une estime de soi suffisante.
06:17Vous aussi, vous êtes sûr ?
06:19Le jour où vous trouvez que vous ne méritez pas les attentions des autres,
06:23là, il faut s'interroger sur la présence d'une dépression.
06:26Parfois, vous savez, les hommes racontent ça,
06:29j'ai parfois entendu ça, lorsqu'ils veulent se séparer d'une jeune femme
06:32et qu'ils ne savent pas comment faire, ils disent
06:34« Je t'assure, je ne te mérite pas, tu es trop bien pour moi. »
06:38C'est lâche.
06:40Moi j'ai entendu ça, ces arguments qui n'en sont pas.
06:44La bonne excuse.
06:45« Tu es tellement mieux que moi, je t'assure, je ne souhaite pas,
06:48vraiment, je ne te mérite pas. »
06:51C'est pas un témoignage personnel.
06:55Ça c'est une posture.
06:56Le jour où ils le croient vraiment, il faut quand même s'inquiéter.
06:59Est-ce qu'il y a des trucs pour être heureux ?
07:02Par exemple, il y a des gens qui sont en train de nous écouter,
07:04ils ne vont peut-être pas bien, ils ont perdu l'estime d'eux-mêmes.
07:08Est-ce que vous avez un truc ?
07:10D'abord, est-ce qu'il faut aller voir quelqu'un ?
07:14C'est ce qu'on dit toujours, « Je vais voir quelqu'un. »
07:16Quand on a perte d'envie, perte d'estime de soi, perte d'énergie,
07:20on commence par le médecin généraliste.
07:22Avant d'aller voir des gens très compliqués.
07:24Quand on n'a pas tout ça, on va se dire deux choses simples.
07:29Plutôt qu'un grand bonheur dont on ne sait pas trop ce que c'est,
07:32on peut mettre dans sa vie des petites expériences de bonheur.
07:36Plutôt qu'une attente d'un bonheur qui va arriver un jour,
07:39mais on ne sait pas trop quand, on peut demander des bonheurs immédiats.
07:43Et puis il y a des choses dont on sait que ça va rendre heureux.
07:46Je n'arrête pas à la fois de les prescrire, de les raconter.
07:50L'activité physique, ça rend heureux.
07:52Le mouvement rend heureux.
07:54Il y a des tas d'études qui montrent que le niveau de bonheur augmente
07:57après simplement un quart d'heure ou une demi-heure d'activité physique.
08:02Et puis donner un peu du sens à sa vie.
08:05Savoir qui on respecte.
08:07Quelle cause nous anime.
08:08Quelle valeur nous anime.
08:10Ça c'est aussi des choses qui vont contribuer à être heureux.
08:12Il y a une cause qui m'anime fortement le vendredi.
08:15C'est l'Euromillion.
08:16Et demain il y a 190 millions.
08:19Est-ce que vous pensez que l'argent fait le bonheur ?
08:21Monsieur Lejoyeux.
08:23C'était la phrase de Jules Renard qui était merveilleuse.
08:27L'argent ne fait pas le bonheur, rendez-le.
08:29C'est toujours évidemment que manquer d'argent contribue à une précarité.
08:35Ce serait vraiment absurde de dire que manquer d'argent rend heureux.
08:39Mais par contre, la quête permanente d'argent.
08:42C'était Spinoza qui disait qu'il y a des passions tristes.
08:45Dans une des passions tristes, c'est la quête permanente d'argent.
08:48Qui est associé à un sentiment de pauvreté.
08:51Mais bien sûr.
08:53Un sentiment de richesse.
08:55Que la richesse est au delà d'un seuil sans précarité.
08:59Qu'est-ce qui vous rend heureux ?
09:01Ma vie.
09:08Qu'est-ce qui vous rend heureux, chère Laurent Fessier ?
09:12Moi c'est Olivier Guinea.
09:13Moi je me rends heureuse quand on souvient de mon prénom déjà !
09:18Au-delà de votre vie, Géraldine, est-ce qu'il y a des moments de bonheur que vous avez ?
09:24Des moments de bonheur, oui, quand je suis avec ma fille, la maternité a révélé beaucoup de choses en moi.
09:30Quand je suis avec mon chéri, en famille, il en faut peu, au travail aussi.
09:36Il en faut peu, c'est beaucoup.
09:37Après il y a des moments aussi, je suis une hypersensible moi, donc il y a des moments un peu down et qui remontent.
09:42J'ai des moments aussi qui remontent de temps en temps, de l'enfance.
09:48C'est un peu les montagnes russes parfois.
09:50Monsieur Tout-Va-Bien en régie, vous êtes heureux ?
09:54Je cite, je l'ai dit 50 000 fois parce que je suis radote, la fameuse question posée au général de Gaulle.
09:59Est-ce que vous êtes heureux mon général ? Vous me prenez pour un con ?
10:02Je l'ai dit 50 fois, c'est un mot d'auteur.
10:06Il y a une autre, on demande au général de sourire, il dit que vous trouvez qu'il y a des raisons de sourire.
10:10Il y a une petite chose qui rend heureux, qui est facile à faire, c'est de dire merci.
10:15De trouver.
10:16Merci justement, on est en retard.
10:18Monsieur Le Joyeux, vous avez raison.
10:21Non mais je vous coupe, mais c'est vrai que vous avez raison, il faut dire merci.
10:23C'est souvent très intimidant de dire merci, souvent on n'ose pas le dire.
10:26Exprimer sa gratitude va aussi être quelque chose.
10:29Alors je veux dire, Michel Truquière, il doit être très heureux, parce que ça fait 5 ans.
10:32Merci, magnifique, merci, merci à tous ceux qui nous ont écoutés.
10:36Mais vous, qu'est-ce qui vous rend heureux Pascal ?
10:38Qu'est-ce qui me rend heureux quand les autres le sont ?
10:41Oh non mais...
10:42Ben c'est vrai, bien sûr, c'est vrai.
10:45Là, je blague pas.
10:46Mais vous savez que vous êtes connecté à des données récentes qui montrent qu'il y a une contagion émotionnelle.
10:52Moi je suis très contagieux émotionnellement, je peux vous dire.
10:56Pour être contagieux émotionnellement, vous avez mis le pil poil.
11:00Quand vous êtes entouré de gens moroses, râleurs, cyniques,
11:05vous ne restez pas longtemps de bonne humeur.
11:08Donc avoir des amis plutôt gays, plutôt enjoués, va contribuer.
11:13Et une fiancée surtout.
11:14C'est ça qui est important, parce que c'est souvent la personne que vous voyez le plus.
11:18Donc si vous êtes avec quelqu'un de déprimé, qui va mal tout le temps,
11:22ça contamine.
11:24Mais si vous êtes avec une personne qui est pleine de vie, forcément ça contamine aussi.
11:29Vous savez, il y a une très belle phrase de Montaigne qui dit
11:31on a le droit d'être triste, mais on n'a pas le droit d'aimer sa tristesse.
11:34On ne peut pas s'installer dans une tristesse.
11:36On aime parfois sa mélancolie, vous avez raison.
11:38Oui mais c'est un peu dangereux ça.
11:3924 heures ça peut aller.
11:4024 heures, mais on a le droit à 24 heures.
11:42Au-delà vous ennuyez tout le monde quand même.
11:44Oui mais c'est pas mal d'ennuyer les autres de temps en temps aussi.
11:46Parce qu'ils nous ennuient tellement que c'est bien de leur rendre pareil de temps en temps.
11:52Non mais c'est vrai que souvent, vous avez des enfants Monsieur Le Joyeux.
11:55Vous voyez il y a un truc tout simple, ça ça s'appelle un portable.
11:58Ah je ne sais pas.
11:59Et bien quand un des enfants appelle sur le portable,
12:03le coeur il va boum boum boum.
12:04Ah mais on s'inquiète.
12:05Ah mais on s'inquiète.
12:06Non pas heureux justement, on s'inquiète.
12:08On s'inquiète s'il décolle la pelle.
12:10Mais oui on se dit ohlala qu'est-ce qu'il se passe.
12:12Exactement.
12:13Il est 12h50.
12:17Je ne sais pas si c'est un mot qui vous rend heureux.
12:19Je ne parle pas de moi.
12:21Je ne vous dirai rien.
12:23Vous ne saurez rien.
12:24Je ne peux pas.
12:25Écoutez un édito de Patrick Cohen peut-être ?
12:31Je suis coupé de mes émotions.
12:32Ça vous apprendra.
12:34Le grand hybride.
12:35De Laurent Tessier dans un instant.
12:36On s'y reprend.