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00:00Vous écoutez Culture Média sur Europe 1 9h30 11h avec Thomas Hill et Thomas, vous recevez ce matin Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes et directeur de l'Institut Lumière.
00:11Thierry Frémaux vient de signer un film qui s'appelle Lumière, l'aventure continue et qui sort demain au cinéma.
00:16Oui, 8 ans après Lumière, l'aventure commence. Vous sortez donc demain ce nouveau film, Un voyage dans le temps, dans l'espace, aux origines du cinéma.
00:23Vous avez réuni et restauré 110 petits films, je dis petits parce qu'ils durent 50 secondes, réalisés par les créateurs du cinématographe, les frères Lumière.
00:32Ce sont les tout premiers films au monde, on peut le dire comme ça.
00:35Oui, si on emploie le mot film, eux ils le disaient vu, mais Thomas Edison, grand rival américain, avait déjà fait des films, mais il les projetait pas.
00:44Et puis c'était pas aussi parfait. La place de Lumière est toujours bizarre dans l'histoire du cinéma, pas tout à fait inventeur, parce qu'il y en a d'autres, il y a des américains.
00:52Et pas tout à fait cinéaste, parce qu'on parle souvent de Méliès, et ce film dit qu'il est tout à fait inventeur.
00:59Le dernier grand inventeur.
01:01Le dernier des inventeurs, la preuve c'est qu'après lui il n'y en a pas. Une fois qu'il le fait, c'est fait.
01:06Et la sortie des usines Lumière, le premier film, c'est un film parfait, c'est un cortège en plus, puisque cinématographe veut dire écrire le mouvement.
01:16Donc ça devait se différencier de la photographie. Et puis tout à fait cinéaste, parce que bien sûr que Méliès arrive, mais Méliès c'est autre chose.
01:24Il fait un autre type de cinéma. Lumière d'emblée met le cinéma là où il va trouver un écho énorme dans l'histoire du cinéma.
01:34Et lui et ses opérateurs sont de grands cinéastes.
01:39Et pourquoi tous ces films font 50 secondes ? Il y a une raison technique derrière j'imagine ?
01:42Parce qu'à l'époque c'était un peu le format de l'invention, le format de la recherche, et c'est resté.
01:48Puis après ça va rester 50 secondes, une minute, deux minutes, puis après il y aura le montage.
01:53Et puis le cinéma va tâtonner pour trouver son format jusqu'aux 7h, aux 9h du Napoléon d'Abel Gance.
01:59Et puis à la fin des années 20, à partir du parlant, ça va être une heure et demie, deux heures, quand il y a des exceptions comme l'Orange Zarbi.
02:09C'est assez génial de découvrir ces films. Beaucoup sont inédits, il faut le dire.
02:13Et on se plonge dans une époque, la fin du 19e siècle, Louis Lumière qui filmait les gens dans la rue, tellement bien habillé déjà, ça m'a marqué.
02:21Mais aussi les militaires à l'entraînement, des numéros d'acrobates, ou ses vacances de famille à la Ciota.
02:27En fait, il testait déjà un peu tous les genres cinématographiques.
02:30Oui, parce que, justement, Edison n'invente pas la salle de cinéma, ça c'est Lumière.
02:37Et ça c'est français. L'américain, il veut que chacun paye.
02:40Et il dit, mais il est fou le français, il met tout le monde dans une salle, mais une fois qu'ils auront vu les films, ils ne reviendront pas.
02:46Et Lumière dit, si, parce qu'on va faire d'autres films.
02:48Et eux, en font 2000. Et en effet, ils testent tout, vous avez raison.
02:53Mais chaque fois d'une manière assez artistique, c'est-à-dire qu'ils posent des questions de cinéma, j'ai une caméra, j'en fais quoi, je la mets où ?
02:59Je raconte quelle histoire ?
03:01Elle n'est pas posée au hasard.
03:02Oui, elle n'est pas posée au hasard.
03:03Et puis, parfois, c'est une blague du jeune Édouard Lumière.
03:07Avec un jardinier, ça devient l'arrosoir arrosé, le premier film de fiction.
03:13Parce qu'on dit, Lumière, ce n'est pas la fiction.
03:14Si, si, ils ont fait les fictions.
03:16Et puis, ils envoient les opérateurs à travers le monde, en leur disant, lâchez-vous.
03:20Ça, c'est très beau.
03:21Parce que voir le New York du 19ème siècle, le Madrid, Venise, Tokyo, Naples, Prague, Alger aussi, c'est incroyable de voir tout ça sur grand écran.
03:30New York avec des calèches, Alger avec son port magnifique, son tramway, c'est du jamais vu, ça.
03:37Non, et en effet, tout est assez inédit, il en reste encore plein.
03:42Tout n'est pas, d'ailleurs, génial, j'ai mis un film qui ne l'est pas.
03:47Un film qui est raté.
03:48Ils ont aussi inventé des films ratés.
03:50Mais oui, oui, à chaque fois, c'est la première fois que ces villes sont filmées, que ce monde est filmé.
03:57Et il y a quelque chose d'assez inouï de la part de ce bourgeois lyonnais.
04:02Il n'était pas bourgeois, comme disait Coluche, ce n'était pas un nouveau riche, c'était un ancien pauvre.
04:07Et qui reste, d'ailleurs, dans son quartier.
04:10Ouvrier, populaire, fortune faite.
04:13Et qui envoie ces jeunes opérateurs, recrutés sur Ptitanon dans le progrès de Lyon,
04:19en leur promettant une vie d'aventure et une existence précaire.
04:22Et ils vont ramener plein, plein, plein de films, tous magnifiques.
04:26Et alors très vite, vous le disiez, Louis Lumière, il a choisi de partager ce cinéma avec le public.
04:30Le 28 décembre 1895, il organise donc la première projection publique et payante,
04:37avec au premier rang, Georges Méliès, qui au départ se demande ce qu'il fait ici,
04:41mais qui va très vite être impressionné, il va vouloir même acheter le système de projection.
04:46Il veut acheter le truc, il est épaté.
04:48Lui, il vient déjà du milieu de l'illusion, de la magie, du spectacle,
04:52et il se dit, c'est un truc génial pour agrémenter mes propres spectacles.
04:56Et Lumière dit, non, non, ce n'est pas à vendre.
04:58C'est là que Lumière aurait, le père en plus, aurait dit, ça ne vaut rien cette invention, elle n'a aucun avenir.
05:05Belle parole, sans doute fausse, mais la mythologie est belle, on la garde.
05:10Et Méliès va construire après ses propres caméras, et va faire du cinéma à sa façon, d'une autre façon,
05:17qui n'est pas contradictoire, qui n'est pas évidemment une adversité du cinéma de Lumière, c'est une complémentarité.
05:24Lumière c'est, Méliès c'est la magie, c'est la réinvention du monde, c'est Hollywood, c'est James Cameron.
05:31Et Lumière, lui, c'est, je transfigure la vie par la beauté, je redis sa beauté par la caméra.
05:40Et c'est toute l'histoire du cinéma que vous nous racontez, en fait, Thierry Fremaux, toute sa naissance,
05:44parce qu'en 1896, le cinématographe de Lumière, il débarque outre-Atlantique,
05:50mais ça a été compliqué de se faire une place, parce qu'il y avait déjà Thomas Edison.
05:53Oui, et en plus, il a hargué d'une loi protectionniste, donc c'était du Trump avant l'heure,
05:59et il a tenté d'interdire l'arrivée des opérateurs Lumière aux Etats-Unis, bon après ça s'est arrangé,
06:06et puis d'ailleurs, même les Américains vont au cinéma, ils ne vont pas au kinéto,
06:11puisque la machine d'Edison s'appelle le kinétoscope.
06:15Le kinétoscope, voilà, il ne se doutait pas, les frères Lumière, qu'un jour les Etats-Unis deviendraient le pays du cinéma.
06:21Mais Lumière, l'aventure continue, c'est assez exceptionnel de voir ces films assez émouvants,
06:27ça sort demain au cinéma, ce film de Thierry Frebot, on va se retrouver nous dans un instant.