Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Mathilde Serrell sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes
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00:00Il est 9h50, les nouvelles têtes, Mathilde Serrel, ce matin votre invitée à 31 ans
00:05et toujours du fil et une aiguille dans son sac, la créatrice de mode Pauline Dujancourt
00:13est dans notre studio.
00:14Dans cette vidéo, je vais vous présenter le montage à la turque, c'est un montage
00:19qui en anglais s'appelle « Turkish cast on » et il permet de démarrer un tricot
00:25en double.
00:26Bonjour Pauline Dujancourt.
00:27Bonjour Mathilde.
00:28Dujancourt, toute attachée je précise.
00:31Ça tombe bien, vous êtes une reine de la maille du tricot, on vient d'entendre un
00:34tuto de la méthode turque, ça s'appelle le katson, vous avez appris à faire du tricot
00:38en regardant des mamies turcs vous ?
00:40J'ai un petit peu appris avec ma grand-mère quand j'étais enfant, mais en fait je suis
00:44tout le temps en train de chercher de l'inspiration dans des lieux un peu incongrus et en fait
00:48en me perdant très tard la nuit sur Youtube, je cherche des points que je ne peux pas trouver
00:54dans les livres et là je vois des grand-mères qui font du crochet et qui vont à une vitesse
00:59pas possible et du coup je regarde la vidéo 50 fois, je la pose et j'essaie de moi écrire
01:03le point pour pouvoir ensuite l'intégrer dans mes collections.
01:05Vous faites donc du tricot mais sensuel, en transparence, en volute, c'est quoi du tricot
01:12sexy ?
01:13Alors quand j'ai commencé mes études de mode, j'avais un peu un problème avec le
01:18tricot et la maille, je trouvais que c'était un peu poussiéreux, que c'était un petit
01:21peu lourd et je me suis dit que c'est une technique magnifique, il y a forcément un
01:24moyen de l'amener quelque part d'autre et donc du coup, par le choix des fils, par
01:29la façon dont je manipule ces techniques, j'aime beaucoup en fait faire quelque chose
01:34de très très délicat qu'ensuite je viens bouleverser en coupant dedans et en le mettant
01:38avec de l'organza, du drapé et du mouvement et c'est ça du tricot sexy, c'est du tricot
01:43qui ne tombe pas de façon plombante mais qui vole quand on marche.
01:46Le tricot qui vole quand on marche et c'est beau, c'est sexy, vous avez étudié la
01:50mode à l'école Dupéré avant de déménager à Londres et d'intégrer la prestigieuse
01:54École Centrale Saint-Martin, vous êtes aujourd'hui la seule Française à défiler à la Fashion
01:59Week de Londres, vous profitez de celle de Paris en ce moment pour présenter votre marque
02:02dans un showroom, elle a été créée en 2022 et vous avez été la seule Française
02:07finaliste du prix LVMH en 2024.
02:09Le jury, c'est pas mal, Jonathan Anderson, qu'on dit le grand intello de la mode créative
02:15qui était chez Loé, qui va peut-être arriver chez Dior mais bon, ça c'est quand on regarde
02:18sur Internet.
02:19Maria Grazia Chiuri de Dior, Nicolas Ghesquière-Louis Vuitton, Marc Jacobs, Stella McCartney,
02:25Pharrell Williams, entre autres, la pression ce jour-là.
02:28Dans ce coup, de voir présenter son travail devant ces gens, qu'on regarde les yeux
02:35écarquillés depuis qu'on est presque enfants, adolescents, on se sent un petit peu seule.
02:41On arrive avec ses aiguilles dans son sac, comme vous avez dit, et on est là, c'est
02:48mon travail, c'est ce que j'ai fait depuis les dernières années, et d'un seul coup
02:53de les voir s'intéresser, de toucher, de poser des questions, c'était presque irréel
02:57pour moi de me retrouver face avec Pharrell Williams qui met la main dans le tricot, Nicolas
03:03Ghesquière-Louis Vuitton.
03:04Alors, on va écouter The Journalist Mode, Loïc Prigent qui vous a suivi à ce moment-là.
03:18Vous avez appris à tricoter pendant cette période de confinement, vous n'étiez pas
03:29du tout partie sur cette piste au départ, et on découvre dans cette vidéo que vous
03:32avez aussi un réseau de travailleuses.
03:35Votre truc, c'est que le vêtement, on doit savoir par qui il est fait ?
03:38Exactement, je connais le prénom par exemple de toutes les personnes qui tricotent pour
03:41moi quand on fait les prototypes, je travaille beaucoup avec des dames en France et en Angleterre
03:46qui sont soit des mères au foyer, soit une dame par exemple qui est handicapée et qui
03:50n'a pas complément de revenus, tricote pour moi pour m'aider parce qu'il y a des pièces
03:55qui prennent 120 heures à être faites et j'en ai beaucoup à faire.
03:57Et quand il est temps de faire la production pour produire toutes mes commandes et pour
04:03les magasins, c'est encore plus de temps ! Je travaille avec un collectif de femmes
04:08qui sont basées au Pérou, il y a un bureau central à Lima qui engage plein de dames
04:14qui travaillent depuis chez elles dans les montagnes, dans les villages, toutes seules
04:17et qui s'occupent de leurs enfants en même temps et qui sont payées à la pièce.
04:21Donc elles travaillent en groupe, il y en a qui font du crochet, il y en a qui font
04:23du tricot, du macramé et on collabore comme ça depuis trois ans.
04:26Et il y a des hommes aussi dans votre réseau de tricoteuses ?
04:28Oui, il y en a quelques-uns, mais c'est surtout des femmes ! Mais bon, c'est comme ça, c'est le hasard.
04:32Vous préparez un documentaire d'ailleurs sur ces femmes du Pérou qui tricotent pour vous.
04:36Votre premier modèle, c'est votre grand-mère, la grande tricoteuse de l'histoire.
04:39Exactement. Donc ma grand-mère, qui n'est plus là aujourd'hui, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup inspirée
04:44parce que mes grands-parents, ils n'avaient pas beaucoup de moyens et ils avaient six enfants
04:48et il fallait les habiller et elle récupérait toutes les chutes de tissus que mon grand-père ramenait,
04:53elle les cousait et puis elle tricotait pour les six enfants et je trouvais ça magnifique.
04:57Et je trouvais aussi qu'on ne lui donnait pas assez de crédit pour ses compétences.
05:04Qui est capable de faire ça aujourd'hui ?
05:06C'est-à-dire que c'était l'artiste de la maison et personne ne l'avait encore connue.
05:09Vous avez rendu hommage à votre grand-mère dans un défilé, vous avez créé un lieu où quelque part
05:13vous pourriez lui parler, la retrouver. Vous êtes aussi inspirée par les oiseaux.
05:17Notre passion, c'est leur mythologie.
05:20Si ça ne marche pas, la marque Pauline Dujandourt, c'est mon plan B.
05:25Très bien, on les retrouve où les oiseaux dans vos créations ?
05:28Déjà chez moi, au bonheur de mon copain.
05:32On les retrouve à travers les rubans de tulle qui viennent se tisser à travers les mailles
05:37qui créent ce mouvement et cette légèreté dans tout ce tricot qui est drapé sur le corps
05:42et qui vole ce qui était assez beau à voir pendant le défilé.
05:46Les nids, c'est du tricot ?
05:48Les nids, c'est du tricot, ça vole comme des oiseaux.
05:51Il y a eu ce grand défilé Coperni dimanche à Paris à l'Adidas Arena
05:54qui était influencé par le monde du gaming.
05:57Vous avez grandi aussi dans les années 90.
05:59Vous étiez Sailor Moon, Zelda et tout ça ou pas du tout Pauline Dujandourt ?
06:04Parce que vous avez une influence quand même Japon très importante pour vous.
06:07C'est Nana Suzuki, je ne la connaissais pas.
06:09C'est ma mentor.
06:11C'est une dame qui m'aide depuis le début de la marque et qui me tient par la main.
06:16C'est un peu mon ange gardien.
06:18Vous avez fait aussi, comme dans les temples au Japon, ces petits messages pour votre premier défilé.
06:22Vous vous étiez écrit d'ailleurs à vous-même.
06:24J'espère que je deviendrai une grande créatrice de mode et ça s'est réalisé.
06:28En fait c'était en 2014.
06:30Je suis allée au Japon avec mon père et devant un temple, j'ai vu des gens écrire des prières
06:36et j'ai écrit moi aussi j'espère que je deviendrai créatrice.
06:39Et ça a marché.
06:40Comme quoi ça vaut le coup d'aller au Japon pour faire son petit message.
06:43Bonne route à vous Pauline Dujandourt, à vos créations et à vos oiseaux.
06:47Vous présentez votre marque en ce moment à Paris dans votre showroom.
06:50Merci beaucoup.