• il y a 4 heures
Vous avez été nombreux à nous partager vos commentaires ou critiques sur la saison 2 de Bref. Notre journaliste séries y répond.
Tomberez-vous d'accord ?

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00:00Je vais pas rentrer dans les détails, mais pareil, comment réagir à ça ?
00:03Euh...
00:04Un mois, je me suis fait larguer, j'ai quitté mon taf alors que je suis à découvert,
00:06et j'ai fêté mes 40 ans tout seul, par terre, dans mon appart trop cher.
00:08J'ai décidé de reprendre ma vie en main. C'était stressant.
00:10Un, deux, trois.
00:12C'est sûr que cette saison 2 de Bref, c'est la saison de la maturité, au sens premier du terme.
00:16Parce qu'il y a eu dix ans de réflexion, de notes,
00:19qu'Yann Cojandi et Bruno Muchio, les deux créateurs, ont littéralement pris dix ans de notes,
00:24et puis ensuite, ils ont fait cette saison 2, donc c'est non seulement la maturité du personnage principal,
00:29qui passe la quarantaine, et qui est capable, enfin, de sortir du cercle dans lequel il s'était enfermé,
00:34de grandir, d'écouter les autres,
00:37de ne plus être je, je, je, je, je, je, je, mais aussi eux et nous,
00:40mais c'est aussi la maturité de l'écriture. Donc en fait,
00:43peut-être que c'est la forme la plus aboutie de Bref.
00:46Peut-être que Bref, c'était pas seulement un petit format court,
00:49peut-être que c'était fait pour être cette histoire-là.
00:52En tout cas, oui, c'est clairement, pour moi en tout cas, le Bref de la maturité.
00:56C'est vrai qu'on pouvait douter, au début.
00:59Moi, quand j'ai compris que cette nouvelle saison n'était pas un format court de une trente-trois minutes comme la première saison,
01:06je me suis dit « Ah ouais ! » Et puis d'ailleurs, le premier épisode, ça passe bizarre,
01:09parce que ça va toujours à fond la caisse,
01:11mais ça dure beaucoup plus longtemps, donc il y a moyen d'en sortir avec un petit mal de crâne.
01:14Là où je trouve que la série trouve son rythme, c'est dans les épisodes suivants,
01:18où, justement, ça permet non seulement de développer les métaphores,
01:21mais aussi de créer des vrais moments de confrontation.
01:25Et en fait, c'est ça l'intelligence, c'est que ce ralentissement-là, ce rallongement, c'est aussi ça la maturité.
01:31C'est aussi prendre le temps, c'est aussi écouter, c'est tout ça en fait.
01:35Je pense que si cette nouvelle saison, ça avait été le même format,
01:38il y aurait peut-être eu des trucs très malins qui auraient été dit,
01:40mais au fond, ça serait beaucoup moins profond.
01:42Peut-être que pour certains téléspectateurs et spectateurs, c'est plus difficile, un peu assommant,
01:48mais en fait, si vous réfléchissez bien, dans le fond, c'est très intelligent d'avoir étiré le récit comme ça.
01:52Ouais, ça c'est sûr, ça c'est sûr.
01:55Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais pareil, c'est évidemment la grande surprise.
01:59Il ne faut pas oublier que, bref, il y avait quand même des trucs un petit peu fins,
02:01et que c'était aussi souvent triste,
02:04et qu'il y avait quand même une bonne incitation à aller chez le psy, en regardant, bref.
02:08Mais là, c'est vraiment, pour moi, c'est une saison thérapeutique.
02:11C'est la grande force de Bref, c'est qu'on a l'impression que c'est ma vie, c'est votre vie, c'est notre vie.
02:16Enfin, en tout cas, allez, on va dire pour les gens qui sont dans la quarantaine,
02:20encore plus si c'est des hommes blancs comme moi,
02:22mais globalement, on a quand même l'impression que ça parle de nous,
02:25or que ça parle aussi beaucoup du personnage.
02:27Et ça parle aussi de Kyan Khojandi et de Bruno Muschio, le co-créateur.
02:31C'est vrai qu'on en sort avec l'impression d'avoir traversé dix ans de psychanalyse.
02:36Alors, par contre, ne vous trompez pas, ça ne remplace pas la psychanalyse,
02:41mais c'est vrai que ça fait réaliser des trucs assez graves, parfois,
02:45mais ça fait aussi un bien fou.
02:47Je me suis rendu compte que j'avais honte de pleurer.
02:48Et voilà, il chiale, mais il ne chiale pas, là, t'es plus un bébé !
02:53J'ai pensé à Billy qui m'a fait demander...
02:55Tu pleures souvent, toi ?
02:57Non, pas trop.
02:58Et t'es souvent en colère ?
03:00Ouais, quand même.
03:01C'est marrant parce que, tu vois, là, ils disent que,
03:03comme c'est la honte pour un mec de pleurer,
03:04en fait, ils contiennent tout comme ça et ça les rend de plus en plus agressifs.
03:07Je me suis demandé si j'étais agressif.
03:08Toi, t'es parfaite !
03:11J'ai culpabilisé.
03:13J'ai repleuré.
03:15En ce moment, il y a beaucoup de séries qui essayent,
03:17plus ou moins habilement, maladroitement,
03:19de remettre en question, de questionner, par le rire, beaucoup,
03:23la masculinité, le genre masculin, la virilité.
03:26Et je trouve que cette saison 2, de bref, le fait très habilement,
03:30pour plusieurs raisons, avec beaucoup de pudeur, d'abord.
03:34C'est quand même l'acceptation par un personnage,
03:37alors, de ses auteurs, je ne sais pas, je ne les connais pas intimement,
03:40mais l'acceptation de ses propres limites.
03:42Ce moment où il dit, attention, micro-spoiler,
03:44qu'il a été le mec du film,
03:46qu'il a été ce gars qui s'est mal comporté avec son ex,
03:49qui a été toxique, qui a été violent, au moins psychologiquement.
03:52Et de faire ce geste-là, d'arriver à le faire en étant drôle et en étant émouvant,
03:57je trouve qu'il y a une grande pudeur, qu'il y a une grande intelligence.
03:59C'est un travail de déconstruction que fait cette saison 2, de bref.
04:02Et je trouve que c'est ni sentencieux,
04:04on n'est pas dans une leçon de morale,
04:07mais on est aussi dans quelque chose, en fait, de reconnaître
04:10le fait que le personnage principal, le fameux jeu,
04:13est imparfait, qu'il doit grandir,
04:17qu'il doit sortir de sa propre tête, de ses propres délires, de son propre système,
04:21sortir des boucles que fait son existence depuis le début.
04:25Et je trouve, en tant qu'homme blanc de 40 ans,
04:28que c'est plutôt intelligemment fait.
04:30À la place, je suis allé voir Marla.
04:32J'avais un peu peur, mais j'ai dit, putain, je suis le mec du film.
04:35Mais elle m'a dit qu'elle était trop contente.
04:36Ah, je suis trop contente !
04:37Ah bon ?
04:38Bah oui !
04:39Parce que moi, le mec du film, je le connais, j'ai même été avec.
04:41Et je peux te dire qu'il n'aurait jamais compris qu'il était le mec du film.
04:44Donc, toi qui me dis que je suis le mec du film,
04:46mais c'est une super nouvelle !
04:49À ce moment-là ?
04:50Bah oui !
04:51Tiens.
04:52Ah mais, tu sais, tu me parlais de Scar l'autre fois.
04:54Et bah, c'est comme si Scar, il venait me voir,
04:56il me disait, j'ai revu Le Roi de Lyon l'autre jour,
04:58mais je suis un gros bâtard, en fait.
05:01Donc, la bonne nouvelle, c'est que je suis un gros bâtard ?
05:02Oui !
05:03Non, enfin non, non, t'es pas un gros bâtard.
05:06T'es un petit bâtard, mais qui s'en rend compte.
05:07Et ça ?
05:08C'est génial, ça veut dire que t'as fait la moitié du chemin.
05:12Et c'est quoi l'autre moitié ?
05:14C'est la plus compliquée.
05:16L'autre moitié, c'est de changer.
05:19On peut dire que les personnages féminins sont secondaires.
05:22Oui, c'est l'histoire d'un mec, comme disait Coluche.
05:23Donc, partant de là, le centre du récit, c'est ce mec-là,
05:27c'est ses soucis, on est dans sa tête.
05:30Alors, si vous avez vu toute la saison, vous avez vu qu'il y a quand même une tentative d'en sortir.
05:34Donc oui, les personnages féminins sont secondaires,
05:37mais ils sont vachement bien écrits, je trouve.
05:40Ils ne sont pas si insignifiants.
05:43Les deux principaux sont la voix de la raison, pour dire les choses simplement.
05:47Le personnage de Bérangère Crièf, c'est elle qui a toujours raison.
05:50C'est vers elle qu'il se tourne quand il ne sait plus où il en est.
05:53C'est sa meilleure amie.
05:54C'est elle, son ex au passage, mais c'est elle qui va l'aider à avancer.
05:58Et le personnage de Laura Felpin, qui, à mon sens, est vachement bien écrit,
06:04qui est très précis et qui est aussi, loin d'être une faire-valoir,
06:08qui est au contraire quelqu'un qui va le confronter à ses limites.
06:11Il coche plutôt toutes les cases du personnage féminin moderne
06:14et pas du tout du personnage qui ne passe pas le test beige d'elle.
06:18Il y a vraiment quelque chose de son indépendance, son histoire à elle,
06:22comment elle va gérer sa relation avec un homme toxique.
06:25Plein de choses qui, en parallèle, sont traitées par le personnage principal masculin, le fameux jeu.
06:29Donc je ne suis pas tout à fait d'accord.
06:30Je comprends qu'on dise qu'ils sont secondaires, de fait,
06:33puisque c'est lui qui est au cœur de toutes les actions.
06:36Mais ils ne sont pas, loin de là, insignifiants.
06:39Je me suis dit que j'allais lui envoyer un mail.
06:41J'ai écrit « Anna, je veux que tu saches que j'ai déconné et que j'en ai conscience.
06:45Je me sens comme une merde.
06:46J'ai l'impression d'avoir tout gâché.
06:47J'aurais pas dû réagir comme ça.
06:48Je regrette sincèrement.
06:49Je ne te dis pas ça pour te récupérer.
06:51Je sais que c'est fini, mais je voulais te dire que je suis désolé.
06:53J'étais content.
06:54J'allais appuyer sur « Envoyer » quand j'y pensais à un truc. »
06:56Moi, ce qui m'a vraiment frappé à la lecture du script de Sarah,
06:59c'est que j'ai vu que mon personnage s'appelait « Je ».
07:03J'ai compté les « Je »,
07:05« Je », « J'ai », « J'en », « Je », « J'ai », « J'aurai », « Je », « Je », « Je », « Je », « Je ».
07:09Il y en avait onze.
07:11J'ai tout effacé.
07:13J'ai cherché quoi écrire pendant une heure.
07:14Et à la fin, j'ai juste écrit la vérité.
07:16« Désolé, tu méritais mieux que le mec du film. »
07:21Elle m'a juste répondu « Merci ».
07:23Et je n'ai plus jamais eu de nouvelles.
07:25C'était fini.
07:26Comment réagir à ça ?
07:31Oui, effectivement, je pense qu'il y en a quelques-uns qui vont,
07:34en tout cas, réfléchir à faire ce texto en disant « mince, c'était le mec du film ».
07:38Alors, évidemment, le mec du film, on n'est pas forcément le mec du film de bref,
07:43qui est assez violent quand même, en tout cas, dans les flashbacks qu'on voit.
07:47J'espère, même si malheureusement, je pense qu'il y en a beaucoup,
07:50qu'il y en a aussi beaucoup qui se disent « Ah, j'étais un peu le mec du film ».
07:54Et que cette série-là, en fait, c'est la force des séries comme bref,
07:57qui sont des formats truffés de formules.
07:59On peut trouver ça très agaçant.
08:01Mais cette phrase « je suis le mec du film »,
08:04si cette saison de carton, si ça devient un phénomène comme a été le premier bref,
08:08en tout cas auprès d'une partie de la population française,
08:11cette phrase « le mec du film », c'est le genre de phrase qui peut faire réfléchir.
08:14C'est le genre de phrase où les gens se disent « est-ce que je suis le mec du film ? »
08:17Et en même temps, c'est drôle, c'est ludique, mais c'est grave parce que ça dit quelque chose.
08:22Et bah ouais, bravo, je sais pas qui est votre ex, c'est très bien qu'il a envoyé ce message.
08:26Ça suffit pas, regardez bien la série, ça suffit pas de dire qu'on est le mec du film.
08:30Faut faire beaucoup plus, c'est un bon début.
08:52Alors, comment allez-vous ?
09:00Ça va bien, ça va super bien.

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