Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice, s'exprime au sujet de la mise en examen de Mohamed Amra, placé en détention provisoire à l'isolement.
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00:00— M. Hamra, qui est donc revenu hier à Paris, a été présenté devant un juge d'instruction. Ce juge d'instruction a considéré qu'il fallait le mettre en examen
00:10et le mettre en prison de manière préventive, en détention provisoire. C'est évidemment une décision dont je me félicite.
00:16Et je remercie le juge des libertés de la détention devant lequel M. Hamra a été présenté, qu'il l'a mis dans le quartier d'isolement
00:22que nous avions désigné avec l'administration pénitentiaire, puisque j'avais demandé qu'il soit mis à l'isolement à la prison de Condé-sur-Sarthe,
00:29qui est sans doute l'une de nos deux prisons les plus carcérales, qui permet un régime d'isolement extrêmement strict.
00:36Il aura le droit à une heure de promenade par jour, seul, sans jamais croiser un autre détenu. Il aura le droit à deux heures
00:43de communication téléphonique écoutée par les services de renseignement. Il aura le droit à trois visites par semaine extrêmement contrôlées
00:52avec des fouilles systématiques. C'est donc un régime d'isolement extrêmement difficile qui préfigure le régime de détention
00:58que je vais proposer au Parlement la semaine prochaine pour la prison de haute sécurité, qui sera choisie également la semaine prochaine.
01:04Il est très important désormais de pouvoir considérer que des personnes comme M. Hamra, extrêmement dangereuses, parce que narco-trafiquants,
01:13parce que capables de s'évader, parce que capables de commander – je mets du conditionnel, bien évidemment, mais chacun voit les mises en examen
01:19nombreuses qui ont été celles du juge d'instruction capables manifestement de commander des homicides – doivent être évidemment à total isolement
01:26pour les protéger, d'abord de l'administration pénitentiaire. J'ai une pensée, bien sûr, aux deux morts d'un quart de ville, à leurs familles,
01:34à leurs blessés, à toute administration pénitentiaire qui fait un métier extrêmement difficile et dangereux, mais aussi qui ne puisse faire
01:40aucune pression sur aucune personne, ni des témoins. Je rappelle qu'il y a en ce moment plus d'une vingtaine de gardes à vue pour les personnes
01:46qui sont supposées avoir aidé M. Hamra dans sa fuite et dans son évasion et dans le drame d'un quart de ville, mais également des magistrats
01:54qui prennent leurs décisions en toute indépendance et, j'espère, avec la plus grande fermeté.
01:58— Vous nous dites qu'aujourd'hui, ça ne se reproduira plus avec ce que vous mettez en place ?
02:02— Aujourd'hui, nous ne sommes pas capables de garantir que ça ne se reproduise pas, puisque notre difficulté dans l'administration pénitentiaire
02:10et au ministère de la Justice, c'est d'abord manifestement un défaut de compréhension de qui sont ces narcotrafiquants.
02:15Il y a 17 000 narcotrafiquants aujourd'hui dans les prisons françaises. Nous n'avons pas été capables dans l'affaire Hamra, manifestement,
02:23de bien savoir qui était extrêmement dangereux, parce que nous n'avons pas su regrouper toutes les informations.
02:28Il y avait plusieurs affaires dans plusieurs juridictions différentes. Et M. Hamra, qui était dans un régime de détention, on va dire classique,
02:35à la maison d'arrêt des Vreux, aurait dû être mis à l'isolement dans un lieu spécialisé. Et donc d'abord, nous devons améliorer cette information.
02:43C'est le principe du parquet national anticriminalité organisée que nous créons en ce moment au Parlement.
02:47La commission des lois de l'Assemblée nationale l'adopte la semaine prochaine, je l'espère, puis définitivement à la mi-mars.
02:53Avec un juge d'application des peines centralisé, ce qui n'existe pas aujourd'hui pour les narcobandis, comme ça existe pour le terrorisme.
03:00Et puis ensuite, il nous faut une prison ou des prisons de haute sécurité. Ça n'existe pas aujourd'hui, y compris la prison de Condé-sur-Sarthe,
03:07où est M. Hamra. Il y a d'autres criminels qui, peut-être, ne présentent pas la même dangerosité pour l'extérieur.
03:13Donc il nous faut une prison spécifique pour ces narcotrafiquants. Et je l'ai même dit « des prisons spécifiques »,
03:17puisqu'il y a entre 600 et 700 personnes, comme ça, qu'il faut sans doute isoler du monde extérieur.
03:23Et puis il nous faut un régime de détention qui nous permet d'éviter les extractions judiciaires.
03:27Donc là, la difficulté que nous avons, c'est quand on devra faire témoigner ou entendre ou faire signer des documents à M. Hamra,
03:34il faudra le sortir de sa prison pour l'amener devant le juge d'instruction, ce qui pose évidemment des questions de dangerosité très fortes.
03:40Je rappelle que c'est lorsqu'il a été voir un juge d'instruction à Rouen que le drame d'Ackerville s'est déroulé.
03:46Et donc avec le régime de détention que je propose au Parlement, il n'y aura plus ces sorties de prisonniers dangereux,
03:53puisqu'il s'agit bien de parler que des personnes les plus dangereuses, puisque le régime de la visioconférence sera généralisé, comme c'est le cas en Italie.
04:01Et puis enfin, il nous faut bien évidemment pouvoir rendre hermétique à la communication extérieure les détenus,
04:08qui utilisent des stratagèmes extrêmement sophistiqués, qui utilisent la menace, la corruption sur les agents pénitentiaires.
04:15Et donc aujourd'hui, non, je ne peux pas vous garantir que cela ne se reproduise pas.
04:19Mais j'espère qu'au 31 juillet prochain, cela ne se reproduira pas, puisqu'il y aura la prison de sécurité que nous créons,
04:25un nouveau régime de détention extrêmement difficile pour les 600 ou 700 détenus les plus dangereux,
04:31et par ailleurs, un parquet national et une police spécialisée qui ne s'occupera que des narco-bandits, comme c'est le cas dans le terrorisme.
04:38Mais en attendant, j'ai donné évidemment des consignes d'extrême fermeté pour que les personnes les plus dangereuses, comme M. Amra, soient particulièrement surveillées.
04:44— Il y avait M. Amra qui minimisait la situation, qui en rigolait. Est-ce que vous pouvez nous faire état de ses premières déclarations, peut-être hier devant les juges français ?
04:53— Non. D'abord, il y a un secret d'instruction. C'est pas mon travail d'évoquer ce qui se passe dans le cabinet du juge d'instruction.
05:00Et pour le reste, je ne fais pas de publicité à M. Amra. Il devra répondre de ses crimes, et j'espère par la peine la plus importante.
05:06— Le fait de mettre les narco-trafiquants les plus dangereux au même endroit, vous ne craignez pas que les sous-tensions et les personnels militanciers
05:12pourront les surveiller et les gérer ? — D'abord, les organisations syndicales, dans leur majorité, ont salué les annonces que j'ai pu faire.
05:18On voit bien que c'est aujourd'hui que les choses ne fonctionnent pas. Aujourd'hui, dans les prisons françaises, il y a beaucoup de gens très différents,
05:24des personnes radicalisées, des personnes qui sont des narco-bandits, des personnes qui ont commis des délits routiers, des personnes qui ont fait
05:29des violences conjugales, de l'escroquerie financière, des cambriolages. Et de faire une sorte de mixité des détenus, c'est très mauvais,
05:36d'abord pour les détenus eux-mêmes, puisque la prison devient l'école du vif. 60% des détenus sont en récidive quand ils sortent de prison,
05:43ce qui montre que notre système ne marche pas. La prison est une machine à fabriquer de la récidive. Deuxièmement, il y a une surpopulation carcérale
05:49dans les maisons d'arrêt. Il y a parfois 200, 250% d'occupation, ça veut dire 4 000 lits par terre. J'ai visité une prison lundi à Bonneville,
05:59où il y a dans une cellule pour personnes handicapées 3 personnes en fauteuil roulant dans cette cellule, dont une personne handicapée qui dort
06:07à même le sol. C'est indigne de la part de la France, bien sûr. Et puis des maisons pour peine. Je prends l'exemple de Condé-sur-Sarthe.
06:13Ce sont des gens qui ont été définitivement condamnés, eux, qui ont une occupation de 50% à 70%. Donc quelque chose ne va pas dans notre modèle carcéral.
06:21Je l'ai déjà dit. Il faut tout revoir. Pour les agents pénitentiaires, c'est très difficile de gérer une population carcérale extrêmement nombreuse
06:28avec des profils très différents. On ne gère pas pareil un terroriste islamiste, un narco-bandit ou quelqu'un qui a fait un délit routier.
06:34Et nous devons accepter que les agents pénitentiaires, aujourd'hui, se sentent menacés dans des conditions extrêmement difficiles.
06:41Le narco-bandit, par exemple, comme M. Hamra, il doit y avoir toujours 2 agents pénitentiaires qui l'accompagnent pour éviter les risques de menace
06:47ou de corruption. On doit toujours avoir beaucoup de concentration pour pas qu'il rencontre d'autres personnes. C'est pas le cas d'autres détenus,
06:53dont le régime est peut-être un peu trop dur aujourd'hui, qui ne correspond pas à leur dangerosité pour l'extérieur.
06:58Il faut donc en même temps construire des prisons extrêmement fermes, de manques carcérales extrêmement étanches, des prisons de haute sécurité,
07:07construire des prisons à taille humaine où on peut accueillir des détenus, dont le but est quand même qu'ils ne récidivent pas et qu'ils puissent se réinsérer
07:13dans la société une fois qu'ils ont purgé leur peine. Et puis pour les agents pénitentiaires, il faut mieux les former. Il faut leur donner
07:18de meilleurs équipements. Il faut écouter ce qu'ils ont à dire. Et je recevrai de nouveau les syndicats la semaine prochaine pour évoquer les annonces
07:24que j'ai faites. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que le drame d'un Carville a démontré que notre système carcéral ne fonctionnait pas.
07:30Personne ne comprend qu'on puisse téléphoner en prison. Je ne le comprends pas qu'on puisse téléphoner avec un téléphone portable en prison.
07:36Et donc nous allons changer avec de la technologie, avec des moyens supplémentaires, avec de la fermeté le régime carcéral, les personnes les plus dangereuses.
07:43Et nous allons essayer de réinsérer les personnes qui sont les moins dangereuses pour la société.
07:47— Pourquoi la prison de prison de Corneille-sur-Sarthe ? Est-ce que c'est celle que vous souhaitez justement pour accueillir ces plus gros narcotraficants ?
07:54— Alors je l'ai dit, il y a 4 prisons qui, aujourd'hui, pourraient accueillir la prison de notre sécurité pour le mois de juillet prochain,
07:59puisqu'il s'agira de vider la prison de ces prisonniers en très grande partie – pas tous, mais quasiment tous –, faire les travaux, former les agents pénitentiaires,
08:07l'équiper en technologie, faire revenir les narcomandies que nous aurons choisis parmi les plus dangereux, et pour qu'elles soient au rendez-vous de la fermeté
08:15au 31 juillet de cette année. Donc il s'agit pas de construire une prison, mais d'aménager une prison. Donc pour la première prison de haute sécurité
08:22que la France va construire depuis plus d'un siècle. Alors il y a Corneille-sur-Sarthe, c'est évident. Il y a aussi Vendin-le-Vieille dans le Pas-de-Calais.
08:29Il y a la prison d'Arles dans le sud. Et puis il y a Saint-Maur que j'irai visiter vendredi prochain. Je rendrai la semaine prochaine mon arbitrage
08:36pour lequel sa première prison accueillera les premiers narcomandies. Mais j'ai aussi dit qu'il fallait 4 nouvelles prisons d'ici 2027 pour couvrir
08:45les 600 à 700 narcomandies particulièrement dangereux pour l'extérieur. Je pense qu'il faut persuader les Français que notre système carcéral,
08:52il est fait pour lutter contre la récidive et donc bien sûr faire de la réinsertion quand cela est possible. Mais il est aussi fait pour isoler les personnes
09:01dangereuses pour l'extérieur. Et aujourd'hui, nous distinguons malheureusement les détenus selon leur statut devant la justice.
09:07Sont-ils en détention provisoire ou sont-ils condamnés définitivement ? Alors qu'il faudrait les distinguer selon leur dangerosité.
09:13Sont-ils des gens dangereux pour l'extérieur ? Peuvent-ils commander encore leur point de deal, toucher de l'argent, commander des assassinats,
09:19menacer, s'évader, plutôt que savoir quelle peine ils ont obtenu ? Et le fait qu'aujourd'hui, on ait mis M. Emrade dans une prison pour peine
09:28alors qu'il est en détention provisoire montre que ce que j'essaye de faire au ministère de la Justice, c'est-à-dire de la fermeté, y compris pour des gens
09:35qui n'ont pas été condamnés définitivement mais qui sont dangereux pour l'extérieur, est une première marche vers la prison de haute sécurité
09:41Que savez-vous de la cavale ces derniers mois ?
09:43Il ne m'appartient pas de pouvoir commenter ce que j'ai su comme ministre de l'Intérieur ou ce que je sais comme ministre de la Justice, mais nul doute...
09:48Il y a eu un défaut de surveillance ?
09:50Ah ben c'est incontestablement une faillite de l'État en mai dernier de la part de tous les services, bien sûr. Quand quelqu'un arrive à s'évader et à assassiner,
09:58faire assassiner un bout portant son APH en pleine journée à coups de balles de Kalachnikov, des agents pétanciers, père de famille,
10:05c'est effectivement une faillite pour l'État, pour l'autorité de l'État. C'est pour ça que j'ai décidé de changer radicalement les choses en effet.